Maine

Maine

 

Maine – J. Courtney Sullivan – Traduction de l’américain de Camille Lavacourt

Une grand-mère, une fille, la belle-fille et la petite-fille, quatre femmes d’une même famille d’Irlandais catholiques nous content leur vie, leurs secrets, leurs amours, leurs regrets. Les bonheurs aussi.

Une famille comme les autres me direz-vous.

Sans doute.

Une famille où on s’aime, mais où on ne cesse de se déchirer, ou pire, de ne rien se dire, gardant les sentiments profonds bien cachés, par pudeur, ou par peur de faire ressortir trop de frustration.

Une famille qui n’a finalement de véritable attache qu’avec un lieu, la maison de vacances dans le Maine, construite par Daniel le mari d’Alice, et des souvenirs.

Au fil des années, les enfants, puis les enfants avec leurs enfants s’y sont retrouvés chaque été selon un ordre bien établi pour que les uns et les autres ne se croisent pas. Ils se supportent, se côtoient quand il le faut, mais n’ont pas trop l’esprit « tribu ».

Pourtant cet été, Maggie, la petite-fille, s’invite au dernier moment. Elle vit un drame. Sa mère, Kathleen vient la rejoindre alors qu’Ann-Marie, la belle-fille, est déjà là.

Elles vont toutes les quatre partager un temps le lieu de tant de leurs souvenirs.

Mais cette cohabitation ne va pas se faire sans égratignures, sans reproches, sans mise à nu.

Alice, qui n’a pourtant pas été une sainte, on le découvrira au cours du récit, est devenue très pieuse, quasiment bigote et elle a pris une décision importante concernant la maison, et ça ne va pas plaire, mais elle s’en contre-fiche.

Sacré bonne femme que cette Alice, la langue bien pendue, pas avare de piques en tout genre.

J. Courtney Sullivan, en donnant la parole alternativement aux quatre femmes de cette famille en fait de très beaux portraits, et particulièrement de Kathleen, la fille ancienne alcoolique, hippie qui élève des vers dans une ferme avec son nouveau compagnon. Fille qui a toujours été la préférée de Daniel, et Alice le lui a fait payer d’une certaine façon.

Mais finalement; j’ai surtout aimé Ann-Marie, la belle-fille parfaite, chez qui rien ne dépasse, vous voyez ? Le genre femme au foyer toujours impeccable, qui fait des gâteaux et participe à toutes les réunions de l’école, du quartier, le sourire toujours aux lèvres, toujours prête à aider et à faire plaisir à Alice. Elle m’a vraiment énervée au début cette femme parfaite, collier de perles et twin-set. Mais au fur à mesure qu’elle se livrait, que le masque se fissurait, que le costume tombait, elle m’est apparue beaucoup plus humaine et si fragile.

Ce roman choral m’aura donné l’occasion de rencontrer de beaux personnages, fouillés et justes. Mais aussi, grâce à de nombreux flashbacks, de les accompagner depuis l’après-guerre, de vivre avec Alice notamment, l’évolution des mœurs de la société américaine et surtout de la communauté irlandaise, d’appréhender la difficulté d’être femme à une époque où il n’était pas si simple d’exister dans un monde machiste et dans un carcan catholique.

Elle aborde avec justesse et sensibilité les thèmes de la maternité, du poids des traditions et de la religion, les petites mesquineries et les jalousies dont sont faites la plupart des familles.

J. Courtney Sullivan a construit avec habileté une famille de papier que j’ai eu plaisir à écouter.

Une famille de papier, certes,  mais sous la plume de J. Courtney Sullivan, cette famille devient réelle, et elle nous en évoque d’autres, plus proches.

Merci à Asphodèle pour ce prêt.

D’autres avis chez Béa Une comète , Philisine Cave, Jérôme et Mrs Figg

mois américain 2014

 

 

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21 commentaires pour Maine

  1. Syl. dit :

    Je l’ai déjà noté, mais je le souligne avec ton billet que j’ai eu plaisir à lire.

  2. Je l’ai dans ma PAL. Je vois qu’il t’a plu et je languis de le lire.!

  3. Ce roman m’a été conseillé plusieurs fois tu enfonces le clou.

  4. J’ai beaucoup aimé ce roman : je suis ravie que tu aies trouvé un personnage chouchou. Il y a de quoi faire de toute façon, dessus. Bisous

  5. Mind The Gap dit :

    Ce livre est un classique ou presque mais j’imagine que c’est un pavé…peut être un jour parce que les thèmes que tu évoques dans ta chronique me parlent bien et j’aime les portraits de femme.

    • somaja1 dit :

      Pour les portraits de femmes, tu seras servi ! Et oui, c’est un pavé ! Mais j’aime ça, j’aime ce temps d’entrer dans le roman, de me faire à l’atmosphère, sans précipitation. Mais je ne lis les pavés que pendant les vacances, dans la semaine j’ai peu le temps ou l’énergie de vraiment lire, alors avec un pavé j’aurais l’impression (et pas que l’impression d’ailleurs) de ne pas en finir et de négliger les autres livres qui m’attendent.

  6. titine75 dit :

    J’ai eu l’occasion d’écouter Courtney J Sullivan au festival America et j’ai très envie de découvrir son œuvre dont j’ai lue beaucoup de bien.

    • somaja1 dit :

      Quelle veinarde tu fais ! Je lorgnais ce festival depuis un moment, mais cette année encore je n’ai pas pu y aller. Je compte bien explorer un peu plus les écrit de cette romancière.

  7. Asphodèle dit :

    J’étais sûre que ça allait te plaire ! Elle a du talent cette jeune romancière, elle en a sous le pied ! Avec le recul (et quitte à me faire huer) c’est Alice finalement qui est bouleversante (et ce malgré ses nombreux défauts) parce qu’elle n’a pas vécu à la bonne époque et qu’en assumant ses derniers choix, elle se retrouve avec ses enfants à dos alors qu’elle les a à peine désirés… Bref, pas facile d’en faire émerger l’une plus que l’autre… Il n’y a que Maggie, la plus jeune qui ne m’ait pratiquement pas touchée, je la trouve assez pleurnicharde mais bon… Il en faut pour tout le monde ! Je te conseille vivement les Débutantes, son premier roman, encore des portraits de femmes, mais à l’Université… Je l’ai offert à Phili je crois en 2013 mais il existe en Poche !!! Gros bisous, revenante !!! 😆
    @ Mindounet : c’est un pavé certes mais qui se lit beaucoup plus vite qu’un Brontë, à nombre de pages équivalent ! J’dis ça, j’dis rien !!! 😀

    • somaja1 dit :

      Je suis d’accord avec toi, c’est Maggie la moins réussie.
      Il me semble que tu m’as prêté Les débutantes, mais je n’en suis pas sûre, et comme tous mes livres sont dans des cartons pour l’instant… mais je vais vérifier.
      bises (et je ne suis qu’une revenante intermittente ! 😉 )

      • Asphodèle dit :

        So, oui je vois ça, mais moi aussi « j’intermitte » beaucoup en ce moment, pas la force… ça devrait revnir début octobre, j’ai hâte !!! Bises♥
        Les Débutantes, il me semble que je l’avais offert à Phili qui était passée me voir à Nantes, à l’hôpital donc si tu l’as, ce n’est pas moi !!! Pour une fois… 😉 Bises ma belle plante, ce beau soleil d’automne devrait te faire chaud au coeur !

      • somaja1 dit :

        Il faut vraiment que je remette le nez dans mes cartons ! bisous

      • Asphodèle dit :

        Ho ma pauvre, les cartons : tout ça pour ça… gros bisous♥

  8. Béa Une Comete dit :

    Merci pour le lien, c’est un beau livre en effet et tu en parles très bien !

  9. Mrs Figg dit :

    Comme tu le sais, j’ai moins aimé mais je suis entièrement d’accord avec toi : Ann-Marie est la plus attachante !

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