L’Affaire Jennifer Jones

l'affaire jennifer jonesL’Affaire Jennifer Jones – Anne Cassidy

Quatrième de couverture : Alice Tully. 17 ans, jolie, cheveux coupés très courts. Etudiante, serveuse dans un bistrot. Et Frankie, toujours là pour elle. Une vie sans histoire. Mais une vie trop lisse, sans passé, sans famille, sans ami. Comme si elle se cachait. Comme si un secret indicible la traquait…

Alice est discrète, elle habite avec Rosie une assistante sociale, et partage sa vie entre son travail de serveuse et son petit ami.

Alice semble toujours sur la défensive, et inquiète, surtout quand elle feuillette les journaux. Elle est obsédée par les articles sur Jennifer Jones, une jeune fille tout juste libérée après avoir purgé une peine de prison pour le meurtre d’une autre enfant quand elle avait 10 ans.

Si Alice s’intéresse tant à ce qu’on peut dire sur cette jeune meurtière, c’est qu’il y encore six mois, elle s’appelait Jennifer Jones.

Sa réinsertion ne sera possible que si les journalistes et la société en général lui en laissent la possibilité. Les journaux à sensation sont à l’affût, un bon scandale, ça fait vendre ! Il y a aussi un détective qui la recherche activement en collant dans la ville des photos d’elle. Elle a changé depuis son incarcération bien sûr, mais s’ils découvrent sa nouvelle identité, elle devra déménager, se cacher et tout recommencer.

Le roman nous amène dans un premier temps à connaître Alice, à travers son quotidien. On découvre une jeune fille presque comme les autres qui tente de se reconstruire, de se pardonner, si c’est possible. Elle apparaît fragile et incapable d’aimer ou de se laisser aimer. Pourquoi mériterait-elle d’être heureuse après ce qu’elle a fait ? Avec justesse et finesse Anne Cassidy dresse un portrait psychologique d’Alice tout à fait crédible et on se prend à aimer ce personnage, à vouloir qu’elle s’en sorte malgré ce qu’elle a fait.

Puis le récit alterne, comme dans un roman à suspens, entre le présent et le passé d’Alice/Jennifer.

Petit à petit, les éléments qui ont amené au meurtre sont mis en place. L’auteur décortique les événements qui ont conduit Jennifer à tuer une autre petite fille, et dépeint avec réalisme son environnement familial et social.

On voit Jennifer, enfant, vivant avec sa mère, mannequin, plus préoccupée par elle-même que par sa fille qui se retrouve d’ailleurs parfois confiée à sa grand-mère pas très aimante ou à des familles d’accueil. Cela n’empêche pas Jennifer d’être en admiration devant sa mère, et terriblement en demande d’amour maternel. Les petits amis de la mère défilent, les déménagements et les problèmes d’argent aussi, et Jennifer et sa mère finissent par s’installer à Berwick Waters. L’enfant s’y fait des amies, ses petites voisines, Michelle, et Lucy. Comme entre tous les enfants, il y a des disputes et des jalousies. Mais de là à amener Jennifer à tuer une de ces filles ! Certes, sa vie n’a pas été géniale jusqu’à ses dix ans, mais tous les enfants maltraités, physiquement ou psychologiquement ne deviennent pas criminels.

Voilà un roman noir, intelligemment construit, et qui au-delà du suspens et de l’histoire (cette jeune fille va-t-elle s’en sortir ? ) pose beaucoup de questions.

Sur notre société et la seconde chance qu’elle est supposée accorder. Un meurtrier , une fois sa peine purgée, a-t-il le droit à l’oubli ? Sur la responsabilité de la famille ou de l’environnement social des meurtriers . Qu’est-ce qui peut pousser un enfant apparemment sans plus de problèmes que d’autres, à tuer un autre enfant ? La cause est-elle extérieure ou inhérente à la personne ?

Il nous interroge aussi sur nous-même – et si on apprenait que Jennifer Jones revenait vivre à côté de chez nous ?

La grande peur d’Alice, c’est que les journaux dévoilent sa présence au public. Le roman met en avant le rôle répugnant des journaux à scandales anglais. Mais Anne Cassidy nous met aussi en face de notre responsabilité en tant qu’individu et citoyen : ces journaux existeraient-ils s’il n’y avait pas un besoin malsain du public – dont nous faisons partie – de connaître les potins et de voir du sensationnel ?

En Angleterre, ce roman a été élu en 2004 meilleur roman pour adolescents. Et c’est à juste titre car il s’agit d’une histoire forte, bouleversante et dérangeante.

Tout au long de ma lecture j’ai pensé au film de John Crowley, Boy A,(2009) avec le déjà excellent Andrew Garfield et le toujours magnifique Peter Mullan. Le thème est le même, la vision pessimiste sur la société et le rôle des médias aussi.

L’avis de Yspaddaden

Lu dans le cadre du challenge Jeunesse/Young adult  et dans le cadre du Mois anglais

 

 

 

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