Livres dont je n’ai pas parlé : RDV n° 25

Voici deux romans de la rentrée 2013 qui nous parlent de famille détruite, de fils aimé ou rejeté.

J’ai un an de retard ???? Ah ! bon !!!!

 PlongerPlonger – Christophe Ono-dit-Biot

Comment parler de ce roman à la fois fascinant, attachant et irritant ?

Fascinant parce que dès la première phrase, « Ils l’ont retrouvée comme ça. Nue et morte. Sur la plage d’un pays arabe. Avec le sel qui faisait des cristaux sur sa peau », l’auteur nous happe et on ne peut lâcher ce roman avant de connaître ce qui a amené Paz, la femme du narrateur, jusqu’à sa fin tragique loin de lui et de leur fils.

Attachant parce qu’à l’annonce de ce drame, le narrateur se sent l’urgence de raconter Paz à ce bambin qui a si peu connu sa mère partie courir le monde.

Il lui raconte sa rencontre avec elle, le début de leur relation sur un malentendu, tout ce qui les rassemblait et les éloignait. Le besoin de liberté de Paz – artiste photographe – son besoin à lui de ne plus bouger de Paris et du microcosme branchouille de la culture. Besoin aussi de s’ancrer et de fonder une famille. Ils sont aux antipodes.

Il veut rassurer ce bébé, et se rassurer lui-même aussi. Paz les aimait, mais elle n’était pas faite pour leur monde.

Les passages sur la paternité sont magnifiques et c’est sans doute cette partie qui m’a le plus touchée.

Roman irritant parce qu’à mon goût trop plein de références culturelles sur le monde de l’art contemporain qui m’ont mise à l’écart. Et ces références parfois, souvent, trop longuement expliquées, comme si l’auteur s’était dit (sans doute à raison) que les lecteurs n’auraient pas le niveau culturel pour tout appréhender. César n’est pas un personnage sympathique. Il est égoïste, manipulateur, s’apitoie sur son sort et, même si son attachement à son fils, et son côté papa-poule, le rendent souvent touchant, il est le plus souvent très agaçant.

Même si c’est loin d’être un coup de cœur, ce roman est à lire. Assez atypique, construit comme une tragédie antique où les héros, César et son fils Hector, pleurent la disparition inévitable d’une femme et mère appelée à un destin qui les dépasse.

Car dans tout cela, c’est bien elle l’héroïne.

Le cas eduard einsteinLe Cas Eduard Einstein – Laurent Seksik

Que sait-on d’Albert Einstein si ce n’est qu’il était un génie, un cerveau inégalé ?

Pour ceux qui comme moi n’ont jamais rien compris à la physique et très peu aux mathématiques, ce bon vieil Albert se résume à une équation (E=MC2) et à un poster où il semble un joyeux luron, langue tirée et œil pétillant.

Je ne savais rien de l’homme, de sa famille, de son quotidien, l’imaginant vivant dans un labo, la craie à la main devant un tableau noir.

En fait Einstein était marié et père de deux enfants.

Et Laurent Seksik dresse le portrait de cette famille entre les années 30 et les années 60. L’histoire des Einstein accompagne la grande Histoire et on traverse avec eux l’arrivée d’Hitler au pouvoir, la fuite d’Albert aux Etats-Unis, le maccarthisme.

Mais ce qui intéresse Seksik, ce n’est pas seulement le savant, mais surtout l’homme.

Il va alternativement mettre en avant Mileva, Albert et leur fils Eduard, à qui il donnera la parole à la première personne.

C’est lui le personnage principal, celui que la schizophrénie va détruire lentement, celui qui cherchera l’amour de ce père qui l’a abandonné, et le haïra en même temps de toutes ses forces.

En creux, Seksik donne un portrait bien peu flatteur du grand Einstein. Mais on comprend (sans forcément pardonner) que cet homme à qui aucun problème scientifique ne résiste, est en fait désemparé face à la maladie de son fils.

« Mon fils est le seul problème qui demeure sans solution » avait déclaré Albert Einstein

Il a préféré fuir plutôt que de se confronter à un problème qui révélait son impuissance.

Finalement ce sont quatre personnes qui auront été détruites par cette incapacité à accepter la maladie : sa femme Mileva qui se sera sacrifiée toute sa vie, son fils aîné qu’il a emmené avec lui aux Etats-Unis mais se sera construit en opposition à ce père, et Eduard bien sûr.

Les passages sur la maladie, les traitements de l’époque (isolement, électrochocs), les errements d’Eduard, jeune homme intelligent qui aurait voulu être psychanalyste (quelle ironie !), sont à la fois terribles et beaux, et très touchants.

L’écriture est fluide et agréable, l’alternance des points de vue donne du rythme au récit et les détails sur la schizophrénie et ses conséquences, s’ils sont terribles à supporter, ne sont pour autant jamais lourds.

Seksik ne prend jamais partie. On lui sent de la tendresse pour Eduard et son calvaire, mais jamais il ne condamne Einstein.

Je trouve que c’est un exploit quand on sait qu’Einstein ne supportait pas Stefan Zweig, et que Seksik a écrit le très beau Les derniers jours de Stefan Zweig.

 

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6 commentaires pour Livres dont je n’ai pas parlé : RDV n° 25

  1. anne7500 dit :

    Lu le premier (je partage ton avis) et pas encore le second.

  2. Syl. dit :

    Bonsoir, Je ne vais pas les noter. Trop de piles qui dégringolent.
    Mais le plaisir de te lire est incommensurable… voui !!! bisous de nous 2.

  3. Mind The Gap dit :

    Le deuxième m’ a l’air vraiment bien. Peut être pour plus tard. Comme toi, pour moi cet homme illustre c’est le fameux poster et la fameuse équation mais l’homme tout court, on ne le connais pas…

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