Les Harmoniques

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Les Harmoniques (Beau Danube blues) – Marcus Malte

Jusque là j’ai tout aimé de ce que j’ai lu de Marcus Malte, de Garden of love, une révélation, à Il va venir, roman jeunesse, et ce roman ne fait pas exception.

Mais comme à chaque fois, il m’est très difficile d’en parler. La richesse du texte, des personnages, la subtilité de la construction, la noirceur des intrigues, bref, il me faut du temps pour faire décanter tout cela.

Quatrième de couverture

Vera est morte assassinée. Brûlée vive. Mister, le pianiste, l’aimait, comme elle aimait sa musique. Il veut comprendre : qui l’a tuée? Pourquoi? Avec son ami Bob, chauffeur de taxi philosophe et polyglotte, il cherche, tâtonne, interroge et remonte peu à peu le fil de la jeune vie de Vera, jusqu’aux rives lointaines du Danube, jusqu’aux charniers des Balkans… Rythmée par les grands standards du jazz, l’enquête des deux hommes fera ressurgir les notes cachées de ces crimes dont personne ne veut parler. Plus qu’un roman, c’est une ballade qui se joue ici. Un long blues nostalgique et envoûtant en même temps qu’un poignant chant d’amour et de rage.

Je n’en dirai pas plus de l’histoire de ces deux personnages qui partent à la recherche d’une vérité qu’ils sont loin d’imaginer – pas plus que le lecteur d’ailleurs.

Une histoire qui donne la parole et la place d’honneur aux victimes, toutes les victimes de toutes les guerres dont Vera devient ici l’emblème.

Elle a cru naïvement qu’elle pourrait échapper à son passé et à l’histoire de son pays, mais est-ce possible ? Et comme si ce passé, si atroce qu’il est difficilement imaginable, n’avait pas été suffisant, l’enquête menée par-dessus la jambe ne lui rend pas sa dignité de victime.

L’auteur semble ne pas avoir beaucoup d’illusions sur le monde et sur la capacité humaine à détruire de la façon la plus horrible tout ce qui l’entoure.

Il plante le décor d’une société où les puissants sont des oppresseurs, des profiteurs, où l’argent est plus important que la vie d’un enfant, où les politiques sont corrompus. Rien de nouveau me direz-vous.

Pourtant, grâce à la poésie de son écriture, et un regard humain sur les victimes, il réussit à faire surgir de l’amour et de la beauté de toutes ces horreurs.

C’est aussi un rythme qui porte ce roman.

Le rythme auquel Marcus Malte mène ses personnages et son intrigue, tout doucement, entre le présent de l’enquête et le passé de Vera, jusqu’à une conclusion au-delà du supportable.

Le rythme du jazz, aussi. D’ailleurs dès le début il est proposé au lecteur une play-list à écouter pour accompagner les chapitres sur le passé de Vera ( http://www.deezer.com/fr/playlist les harmoniques). La musique, c’est ce qui a réuni Mister et Vera, et ce qui a permis à cette dernière de supporter les années de guerre. Peut-être permet-elle aussi au lecteur d’adoucir la violence qui lui est assénée au fil des pages.

Comme toujours dans les romans de Marcus Malte, beaucoup de noirceur mais de l’humour, noir aussi, souvent. Mise à distance salvatrice.

Le personnage du jeune Miroslav, musicien (enfin, presque !) qui massacre allègrement les Beatles est aussi touchant que drôle.

L’écriture de Marcus Malte a de la grâce et il mène son récit et ses personnages avec l’autorité, la douceur et la subtilité d’un chef d’orchestre.

Les harmoniques, ce sont « Les notes derrière les notes, dit Mister. Les notes secrètes. Les ondes fantômes qui se multiplient et se propagent à l’infini, ou presque. Comme des ronds dans l’eau. Comme un écho qui ne meurt jamais ». 

Les harmoniques ce sont les notes qui restent d’une vie, celle de Vera. Ce sont les sentiments qui perdurent et font que Vera a existé, et existe encore grâce à l’amour que lui portait Mister.

C’est émouvant, révoltant, tragique, violent, sans complaisance, désespéré, parfois drôle, incongru… C’est tout simplement beau !

Extraits :

« Ils laissèrent derrière eux la rase campagne pour aborder les zones de la grande banlieue. ZUP, ZAC, ZEP, les trois petites cochonnes. Des carcasses démesurées de centres commerciaux étalées dans la plaine. Des hectares et des hectares de parking. Des entrepôts. Des sièges sociaux. Des sigles. Au loin les îlots des cités, barres d’immeubles concentrées, Manhattan pour nabots. À voir le décor on comprenait mieux pourquoi certains mômes se réfugiaient dans les mondes virtuels des consoles. Ou dans la grande gueule des ogres prophètes. »

« Sans même s’en apercevoir, elle avait tissé d’improbables liens entre ces destins fracassés. Par écho, par effets de miroir. Elle avait établi des correspondances. Elle avait tracé des tangentes et des lignes de fuite, elle avait entremêlé des trajectoires étrangement parallèles, qui toutes prenaient racine dans le trente-sixième dessous. Si ce n’est que celles des musiciens se projetaient au final vers les strates supérieures du ciel. Le firmament. Oui. C’est ainsi qu’elle le comprenait. Ceux-là changeaient la hideur en beauté. De la matière brute de la souffrance ils faisaient jaillir tendresse et espoir. Sinon, comment expliquer Monk ? Comment expliquer Lester Young et Chet Baker ? Comment expliquer que les ténèbres puissent engendrer pareille lumière ? Comment sur un tel champ de boue pourrait fleurir la fille aux gardénias ? Lentement, morceau par morceau, standard après standard, son jeune esprit s’était refait à l’idée qu’il y avait peut-être une toute petite possibilité de continuer à vivre. Simplement continuer. Le jazz, pour elle, c’était ça. »

 D’autres qui en parlent bien mieux que moi : ClaudialuciaKathel AsphodèleEimelleKarineSharon

Challenge des notes et des mots chez Anne

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Challenge Thrillers et polars 2013

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18 commentaires pour Les Harmoniques

  1. Syl. dit :

    Toujours pas lu… oui, je sais ! il est un de tes chouchous.

  2. kathel2 dit :

    Tu me donnes envie de relire Marcus Malte, tiens ! Je n’ai pas encore tout exploré !

    • somaja1 dit :

      Ses textes sont si riches qu’une relecture serait effectivement nécessaire, mais je préfère pour l’instant découvrir les nouveautés. Il y a de magnifiques choses aussi côté jeunesse : intelligentes et toujours sans concession, quel que soit l’âge du public.

  3. eimelle dit :

    et quelques mois après j’en garde toujours un excellent souvenir! bonne soirée!

    • somaja1 dit :

      Un roman qui reste en tête bien longtemps après sa lecture. Lu il y a des mois mais j’ai encore des images et des sons très présents et pour longtemps je crois.

  4. anne7500 dit :

    Je crois avoir souvent pris un Marcus Malte en main en librairie et je n’ai pas encore converti le… penalty (ça se dit en ce moment, hein !)

    • somaja1 dit :

      Miseeeeeeeere ! Tu ne vas pas t’y mettre toi aussi !!!!! Je commence à avoir la nausée de ce mondial ….. et c’est pas fini ! Heureusement qu’il y a les livres et le ciné pour nous sauver ! Allez ! reprends-toi !

      • anne7500 dit :

        Pendant le mondial, je regarde un peu le foot et j’aime ça, na 😉

      • somaja1 dit :

        Je t’imagine devant ta télé, baguette de chef d’orchestre en main pour donner du rythme au jeu ! 😉
        Ils jouent les Belges ? Si leur style est aussi déjanté qu’en cinéma ou en littérature, je veux bien regarder. 😉

      • anne7500 dit :

        Demain 18h, les Belges ! Dernier groupe à entrer en lice.

      • somaja1 dit :

        Je viens de voir qu’ils ont gagné !!!! Je ne sais pas pourquoi, il n’y a pas eu de klaxons eni de cris dans le quartier…. mes voisins seraient-ils anti-belges ??? 😉

  5. Mind The Gap dit :

    Tu en parles également très bien…mais je ne le lirai pas malgré toutes les critiques élogieuses sur cet auteur et ce livre en particulier. Il a la côte chez les blogueuses….
    Bises du jour, bonjour !

  6. bladelor dit :

    Toujours pas lu, mais un jour !!! C’est bon de me dire que j’ai encore plusieurs de ses titres à découvrir !!!

    • somaja1 dit :

      Je sais que tu le liras. Moi aussi j’en ai encore quelques-uns à découvrir et c’est bien. Quand je pense que sans toi, je serais passée à côté de cet auteur… je te serai éternellement reconnaissante ! 🙂

  7. Asphodèle dit :

    Je suis contente, je suis contente qu’il t’ait plu et tu en parles divinement bien, mieux que moi j’en suis sûre !!! Les harmoniques c’est ton billet qui résonne dans la nuit comme le prolongement de l’écriture de Marcus ! Tu sais que je ne sais plus où j’ai rangé Canisses, un recueil de nouvelles acheté à QDP ??? 😆 C’est tout moi ça et j’ai une folle envie de le lire bien sûr ! Je ne sais plus -mais je crois que oui-, si tu as lu le receuil « Intérieur Nord », une petite merveille !!! Je le lis doucement cet auteur, je l’apprécie davantage…

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