Livres dont je n’ai pas parlé : RDV n° 18

Dans ces rendez-vous, j’essaie toujours de trouver des lectures dont je n’ai pas parlé et qui ont un petit quelque chose en commun. Cette fois-ci, ce n’est pas le cas. Ou alors peut-être si je voulais faire de l’humour à deux balles (mais ce n’est pas mon genre ! ), je dirais que leur titre vont bien ensemble, à savoir qu’après Les treize desserts, arrive logiquement la Purge. Oui, bon, c’est moyen…

Rien à voir , je vous disais, l’un est assez léger malgré tout, porteur d’espoir, alors que l’autre est d’une noirceur incroyable.

Les treize dessertsPour Les treize desserts , il s’agit d’un premier roman de Camille Bordas.

Elle nous plonge dans la vie d’Inès, jeune fille de 15 ans. Inès qui perd ses repères quand sa mère meurt dans un accident de voiture, puis son père un an plus tard. Ses parents représentaient tout pour elle, ils s’aimaient, avaient traversé les difficultés de nombres de leurs compatriotes obligés de s’exiler pour échapper au régime de Franco.

Après le décès de son père, elle doit donc quitter Arles où elle avait jusque-là vécu protégée par l’amour absolu de ses parents. Elle rejoint son frère Pablo, de vingt ans son aîné, à Paris où il mène une vie à l’opposé de celle qu’elle a connue. Pablo vit dans l’opulence certainement liée à des affaires douteuses et il a d’autres préoccupations que de s’occuper de sa jeune sœur. Elle est laissée à l’abandon, sans aucune contrainte, passe son temps à errer dans la ville qu’elle appréhende à travers l’objectif de son appareil photo. Elle semble se détacher du monde qu’elle ne regarde que par le biais de cet appareil, sa façon de mettre à distance ce monde et les émotions bonnes ou mauvaises qu’il procure.

Les années passent, de petit boulot en petit boulot, de Paris à Mexico puis à New-York. Jamais elle ne s’engage, elle a trop peur de voir se terminer une relation. Elle semble totalement tournée vers le passé, vers son enfance idéalisée. Elle fuit la vie et n’arrive pas à s’ancrer dans le présent.

Il lui faudra du temps et beaucoup de kilomètres pour se raccrocher au monde et se construire sa propre identité.

Les treize desserts aborde avec sensibilité et poésie le thème de la perte et de la difficulté du passage à l’âge adulte, sans jamais sombrer dans le larmoyant.

Ce premier roman a vu le jour alors que son auteur n’avait que 22 ans.

PurgePurge – (Puhdistus) – Sofi Oksanen – traduit du finnois par Sébastien Cagnoli

Quatrième de couverture

En 1992, l’union soviétique s’effondre et la population estonienne fête le départ des Russes. Mais la vieille Aliide, elle, redoute les pillages et vit terrée dans sa maison, au fin fond des campagnes. Ainsi, lorsqu’elle trouve Zara dans son jardin, une jeune femme qui semble en grande détresse, elle hésite à lui ouvrir sa porte. Ces deux femmes vont faire connaissance, et un lourd secret de famille va se révéler, en lien avec le passé de l’occupation soviétique et l’amour qu’Aliide a ressenti pour Hans, un résistant. La vieille dame va alors décider de protéger Zara jusqu’au bout, quel qu’en soit le prix.

Je cède à la facilité – tant pis – en reprenant la quatrième de couverture de ce roman que tout le monde semble avoir déjà lu.

Ce roman a été non pas un coup de cœur mais un coup de poing. J’ai suivi la confrontation de l’histoire de ces deux femmes comme on lit un roman à suspense. Et pourtant c’est bien d’Histoire que l’auteur nous parle.

A travers le destin d’Aliide qui a connu trois occupations, Russe, nazi puis soviétique, toutes aussi terribles les unes que les autres. A travers celui de Zara, jeune fille qui a cru qu’à la chute de l’Empire soviétique, l’ouest lui apporterait la liberté.

Incapables de se parler, d’avouer, elles se livrent dans de douloureux retours en arrière.

Elles incarnent à elles deux, à deux générations d’intervalle, la souffrance des Estioniens et de l’Estonie.

Comme Zara, Aliide est une victime. Mais le secret qui sera révélé progressivement nous la fera voir autrement. Peut-on pour autant la condamner ?

C’est bien là que Sofi Oksanen nous titille dans ce récit en ne faisant pas d’Aliide seulement une victime.

Elle nous parle de peur continuelle, de méfiance, de honte, de compromissions, de culpabilité, de remords et de rédemption.

Un magnifique et terrible roman dont on ne sort pas indemne.

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12 commentaires pour Livres dont je n’ai pas parlé : RDV n° 18

  1. Mind The Gap dit :

    Si tu avais commencé par  » Purge « , tu n’aurais plus eu fin pour  » Les treize desserts. Alors tout va bien. Bises.

  2. sylire dit :

    J’ai beaucoup aimé Purge, une lecture coup de poing, qui marque et reste longtemps à l’esprit.

  3. Je suis d’accord avec toi : Purge est un vrai et beau coup de poing (et de cœur, pour le coup !!! oui, je sais, c’est facile). Un excellent moment de lecture pour moi. Bisous

  4. Syl. dit :

    Ma Somajaaa !!! tu as de sacrées lectures ! Je note le premier. Kiss
    Feuilles de lierre ?

  5. Syl. dit :

    Vigne vierge, je voulais dire.

  6. Purge est dans ma PAL, tu me donnes très envie de l’en sortir immédiatement ;0) Mais sa dureté me fait tout de même un peu peur…

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