La Ballade de Lila K.

la ballade de lila kLa Ballade de Lila K – Blandine Le Callet 7ab89-coeur54

Le roman débute avec une séparation , passage d’une grande brutalité, qui plonge le lecteur directement dans l’action, sans explications.

Qui sont ces hommes en noir qui viennent arracher une toute jeune enfant à sa mère ? Que s’est-il passé avec cette enfant ? Pourquoi une telle violence ? On ne le saura pas tout de suite. Il faudra, comme Lila refaire le chemin pour comprendre l’enchaînement des faits .

Lila est confiée au Centre, un lieu où elle sera prise en charge, soignée, éduquée. Mais cela ne se fera pas simplement.

Les premiers temps se passent dans la douleur. Elle doit subir de nombreuses opérations. Elle est hypersensible à la lumière, hurle de douleur dès qu’on l’approche d’une source lumineuse, ne supporte aucun contact physique ni la nourriture qu’on lui apporte. Elle n’a qu’une seule obsession, retrouver sa mère. Qu’a-t-il bien pu se passer pour que cette petite fille soit traitée ainsi ? Qu’a t-elle subi auparavent ?

Le lecteur ne découvrira l’histoire de Lila que par bribes, grâce à une superbe construction narrative.

C’est par la voix de Lila que l’auteur nous fait entrer dans la vie de ce jeune personnage. Lila qui écrit son histoire, qui la recompose pour nous, des années après son arrivée au Centre. Elle veut laisser une trace d’elle et de sa ballade dans ce monde qu’elle a appris à connaître et à détester.

Ecrire n’est pas un acte facile quand le papier est interdit. Elle doit ce privilège à un éducateur peu en phase avec le pouvoir en place. Ce pouvoir totalitaire – qui n’est pas sans faire penser à Orwell ou à Huxley – qui met la population sous surveillance, qui gère les pensées, la santé (allant jusqu’à soupçonner tous ceux qui gardent leurs rides et autres les signes de viellissement), le droit de fonder une famille, de travailler, de se déplacer. Qui interdit les livres au prétexte que le papier est porteur de maladies graves et qui impose des grammabooks dans lequels il est facile de faire disparaître les passages dérangeants. Mais ce pouvoir a une faille : la Zone, qui se trouve à l’extérieur des murs et où la vie n’est pas aussi aseptisée. Il y a des rebelles là-bas, les livres circulent, les maladies aussi. Mais il y a de la vie.

Lila va faire preuve d’une intelligence redoutable et son éducateur, M. Kauffmann, aura plaisir à semer en elle les graines de la rebellion. Il lui confiera un dictionnaire (objet interdit mais …), du papier et de l’encre qui lui permettront bien des années plus tard, en cachette, de raconter son histoire. Cet homme comptera beaucoup pour elle. Suivra Fernand, très attaché à suivre les règles, mais aussi très attaché à Lila qui profitera souvent de son affection pour elle. Et enfin, elle fera la connaissance de Milo, le directeur de la Grande Bibliothèque où elle a trouvé un emploi. Il connait bien la Zone, semble refuser le dictat du gouvernement (il a des rides !) et n’a pas peur de toucher les livres à mains nues. Lila, concentrée sur la recherche de sa mère et refusant toute relation avec quiconque aura malgré elle rencontré des personnes qui auront compté et qui l’auront aidé à devenir une vraie personne.

La construction du roman est superbe. Tout d’abord parce que le lecteur n’en sait pas plus que Lila et qu’il aura à faire le même chemin qu’elle, qu’il aura à assembler les pièces du puzzle, comme elle. Mais aussi parce qu’à certains moment on doute. Et si ce que Lila racontait n’était pas la réalité ? Si la séparation traumatisante et l’obsession de retrouver sa mère lui faisait voir ce monde bien plus noir qu’il n’était ? Qui croire ?

Ce beau roman dystopique pour adulte fait une critique intéressante de notre société et de ses dérives mais il trace aussi le parcours d’une jeune fille, sa quête d’identité, de son histoire et du long et douloureux chemin parcouru pour enfin pardonner et devenir. Mais devenir qui ? Quoi ? Dans quelle société ?

La fin est ouverte, comme je les aime.

Les avis de  Sandrine  –  Kathel  Lystig 

 

 

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