En vieillissant les hommes pleurent

en vieillissant les hommes pleurentEn vieillissant les hommes pleurent– Jean-Luc Seigle

  7ab89-coeur54
Il y a longtemps que je n’avais pas été aussi bouleversée par un roman.
Je l’ai été par l’histoire d’Albert, un homme qui n’a pas forcément les mots pour dire son mal-être, mais aussi par l’écriture de Jean-Luc Seigle, toute en délicatesse, en pudeur, en retenue.
L’auteur nous fait vivre une journée de juillet 1961, jusqu’au dénouement qui fait petit à petit monter une boule dans la gorge.
Comment parler de cet homme, Albert, attaché à sa terre, à sa ferme qui pourtant ne peut plus les nourrir, et qui a dû se résoudre à devenir ouvrier chez Michelin ?
Lui-même a tant de mal à dire le sentiment qu’il a d’être dépassé par la vie, par la modernité dont sa femme est éprise. Il est incapable de décrire sa lassitude de la vie. Il ne peut que rester silencieux, taire la honte d’avoir été fait prisonnier en 1940 sur la ligne Maginot, cette captivité qui ne lui a jamais permis de tisser de lien avec son fils aîné.
Il ne sait comment dire son désarroi devant son monde qui se désagrège, devant sa mère qui perd la tête et ne vit plus dans le présent, devant sa femme qui fait peu à peu disparaître le passé et introduit dans le foyer un monde moderne dont il se sent exclu. 
Il ne sait comment dire à ses fils qu’il les aime parce qu’il n’a pas les mots.
Albert ne dira pas. Il agira.
Il y a une telle grâce dans l’écriture de Jean-Luc Seigle ! Il accompagne son personnage avec une telle bienveillance, jamais il ne le juge, ni lui, ni les autres personnages d’ailleurs.
C’est avec une grande délicatesse qu’il dresse le portrait d’une époque et d’un homme qui, dans un acte courageux et d’une immense générosité, fait le don d’une existence pour que ses enfants vivent mieux que lui.
Voilà un roman que je relirai certainement pour en savourer à nouveau la langue sobre et pudique. Un roman qui donne toute leur importance aux mots et à la littérature.
Et ce titre ? N’est-il pas magnifique ?
J’ai lu ce roman avant l’été, pourtant il me hante encore.
Ce roman est un immense coup de coeur, vous l’aurez compris. Tout comme l’avait été  Bord de mer de Véronique Olmi.
Etrangement, ces deux romans ont bien des points communs. Dans les deux cas, l’écriture faite de pudeur et de délicatesse fait vivre deux personnages malmenés par le monde dans lequel ils vivent, et les accompagne avec empathie vers une issue tragique. 
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