Loving Frank

loving frankLoving Franck – Nancy Horan

Tout début du XXème siècle. Mamah, jeune femme intelligente, a fait des études supérieures, parle plusieurs langues et a un caractère bien trempé.  Alors qu’elle a atteint une trentaine d’années, elle finit par épouser un homme charmant qui la vénère. Ils ont deux enfants, et élèvent aussi une nièce de Mamah. Lorsqu’ils désirent faire refaire leur maison, ils font appel à un architecte connu, Frank Lloyd Wright. Mamah découvre en Wright un homme qui l’attire,  intellectuellement d’abord, puis….

Là, j’avoue mon inculture crasse : je ne connaissais pas Frank Lloyd Wright. S’il n’y avait pas eu les billets lus ici et là sur les blogs pour m’apprendre qu’il était entre autre l’architecte du musée Guggenheim à New-York, je n’aurais pas su que ce roman était en fait le « fictionnement » (ça ne se dit pas ? ha !bon !) d’une histoire vraie, avec des personnages ayant vraiment existés.

Autre aveu (que j’ai déjà fait sur ce blog), j’ai une mémoire de poisson rouge en ce qui concerne les fins de romans, mais aussi en ce qui concerne le contenu de vos billets ami(e)s blogueurs/euses. Je m’explique : si je lis un billet dithyrambique sur un roman et que je pense me le procurer sous peu, je ne lis qu’en diagonale, histoire de ne pas gâcher mon plaisir de découverte, et j’y reviens une fois mon billet écrit.

Pour ce roman, ça a très bien fonctionné, j’avais complètement oublié que Mamah et Frank n’étaient pas des personnages de fiction. Comme au bout d’un certain nombre de pages je commençais sérieusement à m’ennuyer – je trouvais l’écriture un peu plate, les personnages pas très sympathiques – je suis retournée sur les blogs pour voir ce qui avait rendu  Jeneen quasiment hystérique ou  Theoma aussi lyrique. 

J’ai bien vérifié sur mon exemplaire : rien ne laisse penser qu’il ne s’agit pas de personnages de fiction. Mais peut-être que j’étais la seule sur cette planète à ignorer qui est Wright. Voilà ce qui m’a gênée je crois. Ne pas savoir où me situer, où situer cette histoire, comme si j’avais été escroquée.

Mais passons ce petit agacement et revenons à l’histoire, celle de Mamah Borthwick Cheney et Frank Lloyd Wright. Le roman retrace la vie de ce couple qui a défrayé la chronique de l’Amérique puritaine et bien pensante. En 1909 ils ont eu l’audace de quitter leur conjoint respectif et leurs enfants (3 pour elle, 6 pour lui) pour vivre pleinement leur amour. La presse s’est déchaînée, surtout sur elle. Car s’il était courant pour un homme d’avoir des maîtresses et d’abandonner le foyer, il était inconcevable pour une femme de quitter son mari et encore moins ses enfants. Remarquez, je ne suis pas sûre que ce soit beaucoup mieux accepté aujourd’hui.

Ils ont eu le courage de vivre en accord avec leurs convictions, préférant vivre leur amour au grand jour, plutôt que dans l’hypocrisie d’une relation adultère secrète. Pourtant tout n’est pas simple. Non seulement ils sont mis au ban de la société, mais ils sont harcelés par la presse et leurs enfants leur manquent terriblement. Leur vie à travers l’Europe – Berlin, Florence, Paris – autant de lieux où ils n’étaient pas si loin du bonheur, l’esprit étant un peu plus large à cette époque dans cette partie du monde – ne leur fait pas oublier ce qu’ils ont laissé aux Etats-Unis.

Mamah est une figure particulière pour son époque. Intellectuelle, je l’ai dit, considérée comme d’une intelligence exceptionnelle, toujours avide de liberté elle se lancera dans les Mouvements pour l’émancipation des femmes mais s’y ennuiera vite, trouvant les unes trop timorées et les autres trop extrémistes. La société d’alors laissait peu de choix aux femmes, le mieux accepté étant celui d’épouse et de mère. Mamah a essayé mais là encore elle s’ennuyait et aspirait à autre chose. Pourtant j’ai eu l’impression qu’elle a sacrifié une partie de sa vie à suivre Frank Wright et qu’elle a vécu dans son ombre. Malgré la grande complicité intellectuelle qu’il y avait entre eux, il ne considérait pas ses activités comme étant aussi importante que les siennes.

On peut ne pas être d’accord avec ses choix, notamment celui de laisser ses enfants, mais Mamah est une femme qui ne triche pas ,qu’elles qu’en soient les conséquences pour elle et son entourage. On peut appeler cela de l’égoïsme, mais on peut aussi y voir là une grande intégrité.

Dans son parcours, une autre rencontre a été décisive, c’est la rencontre avec la féministe suédoise Ellen Key dont elle est devenue la traductrice. Grâce à ce roman j’ai aussi découvert les théories de cette femme.

Quant à Frank Wright, il apparaît comme un bourreau de travail, obsédé par ses créations, sûr de sa supériorité en ce domaine, imbu de son génie. Car il était réellement génial. Je suis allée fouiller sur le net et j’ai pu admirer ses réalisations très bien décrites d’ailleurs par Nancy Horan, et j’ai adoré ce que j’ai découvert : les « Prairies Houses » dans la banlieue résidentielle de Oak Park, Fallingwater house, le musée du Guggenheim de New York, et tout particulièrement Taliesin où se déroulera un événement tragique.

Un génie donc, qui a fait passer son travail et ses réalisations avant le reste, prêt à trahir ses amis pour un de ses projets, menant un train de vie bien au-dessus de ses possibilités financières, continuellement endetté.

Malgré tout, Mamah et lui seront toujours proches, leur amour et leur connivence intellectuelle, leur intérêt commun pour l’art leur feront supporter les épreuves, le rejet de leurs proches, le manque de leurs enfants, les ennuis financiers, pour partager un destin hors du commun, jusqu’à cette fin –que je tairai ici – digne effectivement de celle d’une fiction.

J’ai donc apprécié de nombreux éléments  lors de cette lecture : les début du féminisme dans l’Amérique puritaine et en Europe, la découverte de l’œuvre de Wright, celle de la personnalité exceptionnelle de Mamah.

Mais au final, si j’ai aimé apprendre beaucoup sur l’architecte et sur cette femme, je n’ai ressenti aucune empathie pour cet homme à l’égo surdimensionné ni pour cette femme qui n’a à mon sens pas réussi à aller au bout de ses choix – mais peut-on lui en vouloir vu le contexte ?  Elle est allée très loin dans son refus des conventions et du dictat imposé aux femmes de son époque, et malgré tout elle n’a vécu que dans l’ombre de cet homme. Oui, je sais, l’amour….

 

 

Bref, si je ne savais pas maintenant qu’il s’agit d’une histoire vraie, je dirais que le personnage n’est pas très cohérent. Mais je crois finalement que c’est la platitude du style qui m’a laissée à la porte de l’histoire de ces deux personnages extraordinaires. J’ai eu l’impression que l’auteur n’avait pas réussi à faire le choix entre fiction et documentaire, s’attardant sur de longues descriptions (très bien documentées) sur les théories du féminisme, ou sur les théories et les réalisations de Wright, ce qui rompait le rythme du récit. On sent bien toute l’admiration de Nancy Horan pour ces deux personnes et pour leur travail, mais j’ai eu et j’ai encore la sensation que la fiction n’était peut-être pas la forme la plus appropriée pour en rendre compte.

D’autres billets plus enthousiastes chez Kathel, l’Or des chambres, Zarline, Lystig

Pour le mois américain chez Titine.

mois américain

 

 

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