Livres dont je n’ai pas parlé : RDV n° 13

 

Reprise du rendez-vous avec Hérisson et Missbouquinaix si elles sont toujours partantes.

Aujourd’hui deux romans jeunesse très différents mais qui parlent à leur manière tous les deux de quête d’identité, et de libre arbitre.

la société des SLa Société des S  T.1 – (The Society of S) – Susan Hubbard – Traduction de l’américain de Marion Danton

Quatrième de couverture

Pendant longtemps, Ari a cru que son père, Raphael Montero, était végétarien et souffrait d’une maladie de peau. Pendant des années, elle a trouvé normal de passer ses journées cloîtrée dans un manoir, avec des milliers de livres. Il a suffi d’une soirée, la première de sa vie dans une famille ordinaire, avec des ados de son âge, des flots de couleurs, de sons, d’odeurs et une télé branchée sur un film de vampires… pour qu’Ari comprenne qu’on lui avait menti. Et si son père, beau comme un prince gothique, n’était pas un simple mortel, s’il appartenait à un autre monde ? Elle est prête à le découvrir, au péril de sa vie… et de son âme.

Raphaël Montero refuse de répondre aux nombreuses questions de sa fille sur leur vie pour le moins particulière. C’est en côtoyant une famille qui ne vit pas comme au 19ème siècle – c’est-à-dire des gens qui ont des ordinateurs, qui font les boutiques, des enfants qui font du vélo, qui ont une vie sociale – que Ari se rend compte qu’elle vit sans doute dans le mensonge depuis 13 ans. La boîte de Pandore est ouverte, les questions se font de plus en plus nombreuses.

Ce roman reprend le mythe des vampires mais il est loin de ressembler aux autres que j’ai pu lire. Tout d’abord il y a l’écriture très soutenue de Susan Hubbard, et les nombreuses références littéraires. Raphaël Montero est extrêmement cultivé et il transmet à sa fille une culture et une érudition littéraire qui fait rêver. Shelley, Thoreau, Walden entre autres sont souvent convoqués dans leurs discussions, mais surtout Poe dont le père est un grand spécialiste.

Ici le vampire n’est pas un être sanguinaire qui court après les jeunes filles pré pubères. Il est érudit, scientifique (il travaille sur les propriétés du sang, ben oui, c’est un vampire quand même !), recherche une vie paisible. Mais sa fille ne va pas vouloir continuer à vivre ainsi, elle se sauvera et partira à la recherche de sa mère, disparue à sa naissance.

C’est donc un roman d’apprentissage qu’on a là, une quête d’identité. Un roman sur l’adolescence, sur l’acceptation de sa différence, sur les choix de vie (Ari sera-t-elle humaine ou vampire ?).

Bref, un roman qui change de la littérature habituelle sur les vampires et qui aborde intelligemment la quête d’identité d’une adolescente pas si différente dans ses interrogations que les jeunes filles dont les parents sont banalement humains.

Il s’agit du premier roman d’une trilogie.

  

après la première mortAprès la première mort – (After the first death) – Robert Cormier – Traduction de l’américain de Michèle Poslaniec

Quatrième de couverture

D‘un côté, les méchants : quatre hommes masqués, armés jusqu’aux dents, des preneurs d’otages, des terroristes, des monstres.

En face, les bons : l’armée américaine, généraux, agents secrets, tireurs d’élite, des humains.

Au milieu, les victimes. Seize enfants de cinq ans dans un bus détourné, arrêté sur un pont, et la jeune fille remplaçante, morte de peur, qui les conduisait au centre de loisirs, ce matin d’août.

Mais si les choses n’étaient pas aussi simples ?

Si les monstres étaient aussi des humains, des rebelles avec une cause, des hommes de beaucoup de foi, des êtres prêts à sacrifier leur propre vie pour qu’un jour leur pays renaisse de ses cendres ?

Et si les humains étaient aussi des monstres, des patriotes calculateurs et brutaux, des professionnels insensibles, dépourvus d’imagination, qui eux aussi, font passer l’intérêt général avant l’amour de la vie ?

Ben est le fils d’un général américain. Il est le messager choisi par les terroristes. Lui seul connaît la réponse, de l’intérieur.

On a peine à penser que ce roman a été écrit en 1979 tellement il résonne dans l’actualité de ces dernières années. Ce texte était épuisé, l’École des loisirs a eu l’excellente idée de le rééditer en 1985.

On est en présence de terroristes qui prennent en otages des enfants de 5 ans qui auraient dû passer leur journée dans un centre de loisirs. Ces enfants sont innocents, qui voudrait leur faire du mal ? Des monstres bien sûr ! Ces terroristes veulent échanger ces enfants contre des prisonniers politiques. Un échange inégal s’il en est car on ne peut comparer ces petits à des adultes engagés dans une lutte politique et armée.

Pourtant tout n’est pas si simple et c’est avec un vrai talent d’écriture que Robert Cormier amène à réfléchir à la situation. Rien n’est manichéen, comme souvent dans ce genre de récit (plutôt au cinéma d’ailleurs) où les bons et les méchants sont bien identifiés.

C’est au travers des points de vue de différents protagonistes que l’auteur nous entraîne vers cette réflexion sur le terrorisme . Il y a Kate la conductrice du bus et la seule véritable adulte dans ce bus au départ, Miro, le jeune terroriste et Ben le fils d’un militaire américain qui sera envoyé dans le bus comme messager. Ben et Miro ont de nombreux points communs finalement , et particulièrement dans leur relation au père ou à la représentation du père.

Sans jamais juger ni condamner, Robert Cormier nous fait entrer dans la vie et les pensées de chacun des protagonistes et nous laisse nous faire notre propre opinion. Si l’écriture est apparemment simple, la construction du récit est complexe et demande plus d’attention.

Il s’agit d’un roman dur, sans complaisance, qui n’épargne pas les personnages, ni le lecteur, mais qui a le mérite d’amener à se poser des questions sur la vie, la construction de l’individu, la complexité de l’être humain, l’importance – le poids ? – des origines et la difficulté de choisir son existence.

Un auteur dont j’avais déjà apprécié l’intelligence et l’écriture dans La Guerre des chocolats, Je suis le fromage, Après la guerre des chocolats.

 Ces deux romans entrent dans le challenge Littérature jeunesse/Young adulte et dans le mois américain.

challenge littérature jeunesse - young adultmois américain

 

 

 

   

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