Mon Frère est parti ce matin…

mon frère est parti ce matinMon frère est parti ce matin… Marcus Malte
J’avais envie de continuer ma découverte de l’univers de Marcus Malte, mon chemin a croisé ce petit livre (2€ ne vous en privez surtout pas !), je l’ai dévoré vous pensez bien.
Encore une fois je suis conquise par l’écriture de Marcus Malte, par sa façon d’explorer le genre humain, avec humour, avec ironie, avec noirceur parfois, souvent, avec humanité, toujours….
 
Mon frère est parti ce matin… n’est pas vraiment un roman (trop court – 96 p.), ni une nouvelle (trop long), il s’agit en fait d’une novella (je ne connaissais pas cette classification dans la littérature française, voilà qui est fait).
 
Chenevières est un petit village tranquille de Saône-et-Loire. Tranquille jusqu’au mois de septembre 1972 où Charles B. décide de quitter ce monde en s’isolant dans sa maison. Il ne veut plus avoir affaire au monde extérieur. Il demande toutefois à son voisin de lui apporter régulièrement de quoi se nourrir et surtout, chose essentielle pour Charles B. mais étonnante pour un homme qui veut vivre en ermite, il fait promettre à ce bon voisin de lui apporter chaque jour, sans faute, le journal local.
Il calfeutre sa maison et commence une nouvelle vie pour lui, loin de ses contemporains. Cette vie – quelle vie ! – durera 27 ans.
Des raisons de cet isolement, l’auteur ne nous dit rien. Il nous donne seulement à voir l’installation de Charles B., sa lecture du journal qui devient au fil des ans la seule chose qui le fait encore se lever. Il ne lit que les faits divers et en découpe certains, macabres, qu’il colle sur les murs de sa maison. Pourquoi ceux-là ? Quel rapport avec lui ? Que cherche-t-il ? Cherche-t-il même quelque chose ? Nous n’en saurons rien, Marcus Malte nous laissant nous débrouiller avec nos propres hypothèses.
Bien sûr, le lecteur n’est pas le seul à s’étonner de la décision de Charles B., le village tout entier donne libre cours à nombre de suputations diverses et pas toutes des plus attentionnées. Il y a ceux qui s’inquiètent, ceux qui se moquent, ceux qui parient sur la durée de l’isolement…On sait ce que c’est qu’un petit village et les rumeurs qui y courrent et qui occupent les langues et tentent de tuer l’ennui. Et on connaît aussi le fonctionnement des médias qui lorsqu’ils n’ont plus rien à se mettre sous la ligne, se ruent sur le moindre micro-événement, le dissèquent, l’adaptent à leurs besoins, le font enfler au même rythme que leur audimat. Un ermite ? Il ne leur en fallait pas moins pour s’acharner sur Chenevières. Et loin de tout ce fracas, Charles B. devient la bête curieuse, le porte-parole d’un groupe anti-société de consommation, l’inspirateur de sectes (ce qui donne lieu à un passage très drôle sur un curé et des grenouilles de bénitiers)…bref, Charles B. devient célèbre bien malgré lui et le village aussi pour le plus grand plaisir de certains qui y trouvent leur moment de gloire ou qui y voient un moyen rapide et facile de s’enrichir.
A travers l’histoire simple d’un homme qui prend une décision personnelle et mûrement réfléchie, Marcus Malte dépeint la société actuelle et ses travers. C’est souvent caustique et bourré d’humour.
Tel un conteur, il nous livre là une petite histoire qui en dit long sur nous.
A déguster …sans modération.
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