Toutes ces vies qu’on abandonne

toutes ces vies qu'on abandonneToutes ces vies qu’on abandonne Virginie Ollagnier (2007)

Quatrième de couverture

Annecy, décembre 1918. La guerre est officiellement terminée, mais les trains continuent de ramener du front des hommes à jamais marqués dans leur chair. Certains sont défigurés, amputés. D’autres paraissent indemnes, mais n’en sont pas moins blessés au plus profond d’eux-mêmes. C’est ceux-là que Claire, jeune novice et infirmière, tente, par ses mains et sa voix, de ramener à la vie dans le service du Dr Tournier, médecin aliéniste à l’hôpital Saint-Joseph. L’un d’eux, à l’identité inconnue, muet, cataleptique, ne semble pas vouloir se réveiller. Pourtant ses yeux s’ouvrent parfois. Autour de lui, tous s’affairent, suspendus à ses lèvres. Ces lèvres que les souvenirs qui déferlent en lui ne semblent pas pouvoir franchir. Alors que sa vie se révèle par bribes au lecteur, elle demeure mystérieuse pour Claire, chaque jour plus émue par ce corps sans défense. Pour tous les deux, tout est encore possible. Quelle vie Claire choisira-t-elle? Et lui, après le traumatisme qu’il a subi, choisira-t-il d’abandonner la vie ?

 

Claire est une jeune femme pétillante, pleine de vie dans ce monde moribond. Elle détonne aussi dans le monde religieux auquel elle se destine. C’est avec l’énergie et l’enthousiasme de sa jeunesse qu’elle aide tous ces hommes qui reviennent cassés physiquement et psychologiquement. Elle n’a pas vraiment de savoir-faire mais laisse parler son instinct. Par ses mains, elle tente de relier au monde ces hommes qui n’ont parfois aucune blessure apparente.

Le professeur Tournier repère rapidement le don de cette jeune femme et lui confie un soldat revenu prostré, enfermé à l’intérieur de lui-même, comme s’il refusait de revenir vers ce monde qui l’a traumatisé.

Claire va s’attacher de plus en plus à ce travail et à ce jeune soldat dont elle ne sait rien sinon qu’il la trouble au point de lui faire douter de sa vocation de religieuse.

La vie du soldat nous apparaît par bribes lors des séances de massage. Chaque partie du corps travaillée va appeler des souvenirs auxquels seul le lecteur aura accès. Parallèlement Claire va découvrir le doute et le désir.

Virginie Ollanier nous offre là un étrange dialogue où aucune parole n’est échangée, où tout passe par la relation au corps.

Loin d’être simplement un roman un peu désuet sur la naissance d’une relation, l’auteur aborde ici les balbutiements de l’ergothérapie et les débuts de la psychanalyse. Grâce au personnage de Claire, elle parle aussi des femmes qui se libèrent du carcan du 19ème siècle qui soumettait les femmes aux hommes ou à Dieu. Claire est définitivement un personnage moderne qui, comme le jeune soldat, va devoir faire le choix de vivre- ou non –  pleinement dans ce nouveau siècle.

Au cours de cette lecture j’ai bien sûr repensé à La Chambre des officiers de Marc Dugain. Mais j’ai surtout eu en tête les images d’un film, Les Fragments d’Antonin. Je vous en parle très bientôt.

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