Livres dont je n’ai pas parlé : RDV n° 9

Pour ce nouveau rendez-vous avec Hérisson et Missbouquinaix, voici deux romans de Pascal Garnier.

lune captive dans un oeil mortLune captive dans un œil mort Pascal Garnier

Couple sans enfant et sans problème, Martial et Odette décident de passer leur retraite au soleil. Ils se laissent tenter par une résidence de luxe pour seniors dans le sud. Aux Conviviales, tout est là pour faire passer une retraite heureuse : maisons de plain-pied et très fonctionnelles, piscine, voisins triés sur le volet, gardien, périmètre sécurisé, animatrice…le rêve.

Pourtant les débuts sont difficiles. Ils ont emménagés les premiers et passent leur premier hiver seuls et sous la pluie. Mais rien ne semble arrêter l’enthousiasme d’Odette. Quant arrivent les premiers voisins, les relations se nouent, les activités se mettent en place, tout pourrait aller à merveille. Mais ce huis-clos va mal tourner pour les désormais cinq résidents. Le gardien, ancien militaire assez inquiétant, tue un chat, Odette est poursuivie par une mouche qui la rend folle. Et une grille télécommandée qui protège des intrus c’est bien, mais quand elle tombe en panne, on devient prisonnier de sa propre résidence. Quand la chaleur suffocante s’y met, elle ne fait qu’exacerber les petits travers et les phobies de chacun. Alors quand des gitans s’installent pas loin, la paranoïa est reine.

Mettez cinq ou six personnages dans un univers clos, et ça devient vite un cauchemar, surtout quand le tout est orchestré par Pascal Garnier. Là où Odette et Martial pensaient trouver le paradis, ils vont vivre un véritable enfer.

Rien d’exceptionnel, de petits événements qui vont petit à petit mener au dérapage, une tension qui monte. C’est noir, souvent drôle, et surtout finement observé. Du grand art.

A noter dans cette réédition en poche, la préface de Jean-Bernard Pouy qui livre un très bel hommage à Pascal Garnier décédé en 2010.

 

la théorie du pandaLa Théorie du Panda – Pascal Garnier

Un homme débarque dans une petite ville de Bretagne. On ne sait rien de lui si ce n’est qu’il s’appelle Gabriel. Il s’installe dans un petit hôtel, et fait des rencontres : José, patron de bistrot, Madeleine, réceptionniste de l’hôtel, Marco et Rita, couple fatigué par la vie et la drogue.

Gabriel va les écouter, autour de petits plats qu’il leur aura cuisinés et offerts sans rien attendre en retour. Forcément on se demande ce qu’il fait là , ce qu’il veut à ces gens qu’il nourrit si généreusement. Tant de gentillesse peut éveiller les soupçons.

Mais Gabriel ne fait que les laisser parler, sans doute pour ne pas parler de lui. Il est la bouée de sauvetage à laquelle tous vont se raccrocher.

Il tente de les réconforter car il sait que personne ne pourra jamais le réconforter, lui. On se doute bien que ce personnage traîne un passé douloureux, voire même qu’il essaie de s’oublier dans son don aux autres ou même de se racheter, mais j’étais loin de deviner de quoi il s’agissait vraiment.

Toujours avec habileté, l’auteur amène le lecteur à donner corps à ce personnage intriguant au travers de passages en italiques distillés tout au long du roman. Et le malaise ressenti tout durant la lecture trouve enfin explication.

Pascal Garnier fait preuve d’un sens du dialogue étonnant, il parsème ici et là des touches d’humour, même dans les scènes les plus noires, et la poésie n’est jamais loin.

Quelques petites phrases :

– Une pendule propose 17h18.

– Un réverbère vaporise une lumière blafarde sur une demi-douzaine de box obturés par des portes de tôle ondulée d’une même couleur indéfinissable. Au-dessus, un ciel parce qu’il en faut bien un.

– La réceptionniste s’appelle Madeleine à en croire la médaille qui pend à son cou. Sans être belle, elle n’est pas laide. Disons qu’elle hésite entre les deux.

– « Marco ? … Non, ça ne me dit rien… J’ai un Marcus, Marcus Malte. Il me fait poser des rustines sur ses baskets, vous voyez le genre, un artiste ! » (bel  hommage à Marcus Malte)

– Jamais elle n’avait été plus belle, bien plus belle que son géranium.

 

Merci à Edith/Jeneen pour ce beau livre voyageur et cette délicieuse lecture.

D’autres avis entre autres chez  Karine, Aymeline, Sharon, Bladelor

Prochain rendez-vous le 3 mai.

Aujourd’hui

Chez Hérisson : 35 kilos d’espoir de Anna Gavalda /Les enfants du dieu-soleil d’Odile Weulersse

Chez Missbouquinaix : L’Agence Barnett et Cie de Maurice Leblanc/La Duchesse de Bloomsbury Street de Helen Hanff / Le Combat d’hiver de Jean-Claude Mourlevat

Publicités
Cet article a été publié dans Livres dont je n'ai pas parlé, Romans. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s