Longtemps je me suis couché de bonne heure

longtemps je me suis couché de bonne heureLongtemps je me suis couché de bonne heureJean-Michel Gattégno

Sébastien Ponchelet est un petit truand inculte et pas bien méchant. Il a partagé la cellule d’un bien plus grand bandit que lui et surtout bien plus cultivé. Ce dernier lui a parlé de tableaux, de peintres et d’écrivains, de livres, pendant ses mois de détention. Il écoutait, Sébastien, plus parce qu’il n’a jamais su dire non – c’est bien pour cela qu’il se retrouve en prison – que par intérêt réel. D’ailleurs ce n’est pas pour autant qu’il se précipite dans les musées ou qu’il se rue sur les livres une fois sorti de prison !

 Le hasard veut qu’il trouve un emploi de manutentionnaire dans une prestigieuse maison d’édition. Il manipule des livres toute la journée sans éprouver la moindre envie d’en lire un. Sa vie est monotone, et en plus il doit subir le harcèlement psychologique d’un petit chef, et endurer la bêtise de Gabriel, son collègue. Mais il ne dit rien, il n’est pas en position de le faire.

Sa vie se passe donc entre les trajets en métro, le boulot et le retour chez sa logeuse, une ancienne pute qui a la gentillesse de lui ouvrir les cuisses de temps en temps.

Cette petite vie pourrait continuer encore longtemps mais c’est sans compter sur deux faits apparemment anodins. Tout d’abord, il tombe sur un manuscrit dont la première phrase l’interpelle : Longtemps je me suis couché de bonne heure . Cette première phrase va le hanter, il va essayer d’en comprendre le sens sans pour autant lire la suite. Là,  personnellement, je me suis sentie très proche de Sébastien Ponchelet, n’étant jamais allée au-delà de cette première célèbre phrase de Proust. Mais passons…

Ensuite, durant ses nombreux et très longs trajets en métro, il remarque une jeune femme, livre à la main, qui ne semble pas s’apercevoir de l’existence du monde extérieur et dont le regard pétille. La lecture rendrait-elle heureux ? Cette femme va le hanter au moins autant que le manuscrit, même s’il sait bien qu’elle n’est pas faite pour lui. Vous pensez bien, une femme qui passe sa vie dans les livres, qu’est-ce qu’ils pourraient bien avoir en commun !

Après ces deux découvertes, le manuscrit et Denise, Sébastien va changer. Il va refuser d’envoyer le manuscrit au pilon, et chercher à connaître l’auteur. A cela va s’ajouter une course à la recherche de L’Origine du monde de Courbet.

Roman classé dans le genre policier, oui, peut-être. Mais s’il y a enquête, un peu, il y a surtout quête. Quête de soi, quête de l’amour, quête du beau et du sens.

Encore un livre qui parle de livres. Mais l’originalité ici, c’est que le héros est bien loin d’être un lecteur passionné. Simplement, il a été intrigué par une phrase qui l’a fasciné, l’a embobiné au point de le faire basculer du côté des livres.

L’auteur nous parle ici de l’importance de la première rencontre, comme en amour, le coup de foudre, inexplicable …Cette première phrase qui va donner envie d’aller plus loin et qui va faire que le lecteur ne sera plus le même après.

Jean-Pierre Gattégno donne ici un magnifique portrait d’homme qui s’ouvre au désir à travers la découverte des œuvres et la compréhension de la création. C’est touchant, c’est drôle, c’est jubilatoire.

Ce benêt de Gabriel avait tout compris sans le savoir : « Fais attention dit-il, si on a lu la première phrase d’un livre, il paraît qu’on peut être capté, on lit la deuxième, et après, c’est foutu. »

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