Le Bus

Le BusLe Bus Madeleine Robitaille

Le Bus (Titre de l’édition française)

Le Quartier des oubliés (Titre original de l’édition canadienne)

Pourquoi cette différence ? Mystère…

Voilà un livre jeunesse surprenant.

Il est proposé à partir de 12 ans, mais franchement, je ne le mettrais pas entre les mains d’un jeune avant 15 ou 16 ans, et encore !

Nous sommes au Québec, dans une gare routière en fin de journée, le 14 août. Il fait une chaleur caniculaire.

Un bus part pour un trajet ordinaire, sur des routes de campagne. Une trentaine de passagers est à bord, en grande partie des personnes assez âgées, mais aussi un ado claustrophobe qui accompagne un jeune handicapé mental, une mère de famille et ses trois filles dont la dernière n’a que six semaines. Mia, la cadette a supplié sa mère de ne pas prendre ce bus, sans qu’on prenne au sérieux son appréhension ; encore un caprice sans doute.

Tous prennent ce bus pour des raisons diverses qu’on ne connait pas forcément au début.

Peu de temps après le début du voyage, un homme se lève et oblige le chauffeur à dévier de sa route en le menaçant d’une arme. Et ce preneur d’otages ne plaisante pas, il n’hésite pas à tirer sur un homme qui voulait s’interposer.

Les passagers restent interdits et parviennent à peine à croire ce qui leur arrive.

Le bus est détourné sur un chemin de campagne, les otages sont « invités » à laisser tous leurs bagages, sacs à main et papiers d’identité dans le bus et sont transférés dans un autre véhicule, beaucoup plus petit, où tous les sièges ont été enlevés.

Une fois parqués dans ce bus-prison, ils paniquent en entendant les ravisseurs visser des plaques de bois contre les vitres. Il leur reste à peine quelques lucarnes ici ou là pour laisser passer l’air, enfin, presque, parce que d’air, il n’y en a pas avec cette chaleur.

On leur explique qu’ils doivent se tenir tranquille, qu’ils seront libérés le lendemain dans la matinée, et qu’ils ne doivent rien tenter pour sortir car leurs gardiens, des molosses lâchés dans le terrain, les tueraient sans hésitation. Les ravisseurs partent et les laissent sans explications dans ce bus, un réservoir d’eau à disposition, ainsi qu’une sorte de baignoire en guise de toilettes.

Et là le cauchemar commence.

La nuit et la matinée passent sans que les preneurs d’otages ne donnent de nouvelles.

Le roman est découpé en courts chapitres, qui égrainent, tels une horloge, les heures, puis au fur et à mesure, les minutes jusqu’à une fin si terrible qu’il est difficile de l’imaginer.

Et on passe les heures et les minutes avec ces malheureux qui vont souffrir tour à tour de peur, de fatigue, de soif, de faim, de honte, du manque d’air, de folie, et bien plus encore pendant 48 longues heures.

Pour tout dire, ce roman m’a mise mal à l’aise.

J’ai lu beaucoup de polars,  certains donnaient parfois des descriptions à faire vomir, sans pour autant me faire détourner les yeux des lignes. Mais là… Alors pourquoi ? Peut-être parce que j’avais toujours en tête qu’il s’agissait d’un roman jeunesse et que je trouvais cette classification assez mal appropriée. Peut-être aussi parce que j’y ai trouvé des invraisemblances, et beaucoup de complaisance dans le sordide.

Alors, pour faire court, les points positifs :

  • L’argument de départ : un espace clos, des inconnus divers et variés contraints de rester ensemble et de faire face à une situation extrêmement stressante accentuée par la chaleur.
  • Le réalisme humain de la situation : quand on est coincé comme cela avec trente autres personnes alors qu’il fait presque 40 °, il faut faire (ou pas) avec les odeurs des autres, les corps qui se touchent. Mais aussi en 48h, il est humain d’avoir envie d’aller aux toilettes, et là encore il faut faire fi de la pudeur. Quand dans ces conditions, une personne décède, comment réagit-on face à ce cadavre qu’on ne peut éviter ? Ces aspects là sont assez bien amenés et vus.
  • Les chapitres très courts : ils accentuent le suspense, et font que, comme les passagers, on veut arriver au bout de ce cauchemar.
  • Les passages introspectifs des uns et des autres : ils font comprendre pourquoi ils sont là et ce qui motive leurs réactions.
  • On ne sait rien jusqu’à la fin des motivations des preneurs d’otages, ce qui rend le tout encore plus vain.

Et les points négatifs :

  • Ce n’est que mon avis, mais j’irai jusqu’à dire que c’est écrit à la serpe ! (Ou pour aller plus dans le sens du roman…à la tronçonneuse…). Dès qu’un passager a un malaise ou est atteint d’un coup de folie, on a tout de suite une explication médicale ou scientifique. Par moment j’avais l’impression de lire le Vidal !
  • L’auteur a apparemment voulu explorer les réactions humaines dans des conditions extrêmes. Son objectif est de faire « vrai », sans rien épargner au lecteur, mais le récit sombre vite dans le sordide, et c’est le début du grand n’importe quoi.
  • Autant au début du récit les réactions des uns et des autres étaient assez crédibles, autant vers la fin, la surenchère d’événements incroyables (au sens strict du mot) fait basculer le roman dans le glauque gratuit. La mort d’un enfant est déjà assez pénible, mais l’utilisation de son cadavre telle qu’elle est faite là n’apporte rien de plus à l’histoire. Même chose pour le coup de folie cannibale d’un passager. Quant à la tornade qui d’un seul coup renverse le bus, c’est pour le moins pas crédible.
  • Enfin, il manque de la cohérence là-dedans (mais peut-être suis-je trop cartésienne).  L’auteur veut faire vrai avec des impressions cliniques, alors pouquoi donner autant d’importance au para-normal en faisant d’une enfant une sorte de médium héroïque ?

Donc, si vous voulez savoir ce que ça fait de cohabiter avec des cadavres, d’avoir soif au point de boire des choses dont je vous ferai grâce de l’origine, ou savoir l’effet produit quand on est recouvert de vomissure (de quelqu’un d’autre bien sûr), ou quand un cadavre, sous l’effet de la chaleur, se répand sur vous alors que vous arriviez à peine à entrer dans un micro-sommeil, je vous conseille vivement ce roman.

Sinon, vous pouvez vous abstenir.

La prochaine fois, promis, je vous parle de quelque chose de plus joyeux.

 

  4 ème roman lu dans le cadre du challenge Littérature Jeunesse/Young adult

 

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