Livres dont je n’ai pas parlé : RDV n° 4

Un billet enthousiaste m’a permis de découvrir Zelda de Jacques Tournier et la gentille Asphodèle (oui, je vous assure, elle l’est !) a fait voyager Zelda jusque chez moi. Après son billet, je ne me sentais pas de faire aussi bien, mais j’avais quand même envie d’en parler un peu.

Jacques Tournier, auteur « amoureux » de son sujet, Zelda, m’a rappelé un autre auteur qui a déclaré sa flamme à ses personnages. Il s’agit de Guy Goffette et de son merveilleux  Elle, par bonheur et toujours nue.

zeldaZelda – Jacques Tournier

Jacques Tournier connaît bien l’œuvre de Fitzgerald, qu’il a traduite. Chance inouïe, Frances (Scottie), la fille de Scott et Zelda, lui a confié nombre de lettres échangées entre ces deux époux qui ont passé leur vie à s’aimer et à se déchirer.

Scottie tenait à faire connaître l’amour qu’ils se portaient malgré les heurts.

Tournier, plutôt que de publier simplement un recueil de ces lettres, a créé un récit dans lequel la correspondance donne vie à ces deux êtres d’exception.

Il prend le parti d’entrer dans leur histoire avec Zelda. C’est elle, jeune fille fantasque, qui va être sur le devant de la scène, pour une fois. On la voit tomber follement amoureuse du beau Scott. Elle l’adore, sans doute trop. Elle aime ce monstre de talent mais aussi d’égoïsme qui la traite avec condescendance dès qu’elle essaie d’exister en tant qu’artiste et non plus en tant que « femme de ». Elle se sera essayée à la peinture, à la danse, et bien sûr à la littérature, en vain.

Ce roman nous fait vivre les années folles sur la Riviera, la Grande Dépression, les années de vache maigre à Hollywood et le retour en Alabama, tout cela au rythme des allers-retours en hôpital psychiatrique de Zelda, de l’alcoolisme de Scott, de leurs élans amoureux et de leurs affrontements. Scott n’a pas toujours été tendre avec Zelda, il l’a utilisée, a utilisé sa maladie pour camper notamment le personnage de Nicole dans Tendre est la Nuit, au risque de la blesser. Zelda en sera effectivement terriblement affectée et fragilisée. Pourtant, malgré tous les problèmes, jamais il ne l’abandonnera. Il s’arrangera toujours pour assurer son confort matériel en hôpital, et viendra la voir aussi souvent qu’il le pourra.

Peut-être aurait-elle pu devenir une artiste reconnue si elle n’avait vécu dans l’ombre de Scott, peut-être aurait-elle pu vivre mieux si l’époque avait su soigner sa maladie, et peut-être n’aurait-elle pas connu une fin si tragique.

Je vous conseille fortement le si magnifique et si enthousiaste billet d’Asphodèle.

 

elle par bonheur et toujours nueElle par bonheur et toujours nue – Guy Goffette

Si Jacques Tournier s’est attaché à la personalité de Zelda Fitzgerald et a porté sur elle un regard tendre, Guy Goffette est carrément tombé fou amoureux de Marthe, modèle puis compagne et enfin épouse du peintre Pierre Bonnard. Mais à travers cet « amour » il nous dit aussi et surtout celui qu’il éprouve pour la peinture de Bonnard tout au long de 156 pages dont on voudrait qu’elles ne terminent jamais. Cette longue lettre d’amour pour Marthe, peinte encore et encore par Bonnard, est un pur bonheur, une biographie poétique du premier au dernier mot.

Dans la préface, Goffette s’adresse à Bonnard :

« Pardonnez-moi, Pierre, mais Marthe fut à moi tout de suite. Comme un champ de blé mûr quand l’orage menace, et je me suis jeté dedans, roulé, vautré, pareil à un jeune chien.

Comprenez bien, j’étais seul et désœuvré entre deux trains dans une ville du Nord, écrasée de soleil cet été-là. Entré par aventure et besoin de fraîcheur dans ce musée à colonnade et fronton impérieux qui domine la place, à deux pas de la gare, je me disais que cette sorte de temple devait bien recéler certain coin d’ombre et de silence propice aux tourments du cœur.

C’est au détour d’une des salles où la chaleur me poursuivait – et je n’arrêtais pas de m’éponger le cou, le visage, les mains- que je la vis. Disons, pour être juste, que je vis une jeune femme venir à moi dont j’ignorais tout, sinon qu’elle était nue, sinon qu’elle était belle, et son éclat, d’un coup me rafraîchit jusqu’au ventre. Elle tourna tout son corps lentement vers la lumière d’une grande baie où tombait la neige d’un rideau de mousseline et, dans ce mouvement, toute cambrée à contre-jour, elle m’aspergea, comme une brassée de fougères mouillées, du parfum de sa chair et me fit défaillir. Je dus m’asseoir, l’air hagard et comme frappé d’insolation. D’un coup, l’eau de Cologne emplit toute la pièce et se mit à ruisseler sur mon cou.

A cet instant-là, Pierre, avant même que j’aie pu esquisser un geste, tendre la main, soulever l’écran de fine poussière qui me séparait d’elle, Marthe fut à moi. »[…]

Puis il retrace l’arrivée de Marthe à Paris, sa rencontre avec Bonnard, leur vie commune, leurs hauts et leurs bas. Bonnard la peindra nue dans pas moins de 146 tableaux et 717 dessins et croquis. Il ne lui demande pas de poser, il l’observe, la croque, la saisit dans chaque instant de leur quotidien. Elle ne se fera pourtant jamais à ce milieu d’artistes, les tensions vont s’intensifier et la cinquantaine arrivée, Bonnard quitte Marthe pour une autre femme. Mais sa vie c’est peindre et surtout peindre Marthe, il reviendra donc vers elle, jusqu’à la fin.

Guy Goffette comprend Bonnard, lui qui a aussi éprouvé un coup de foudre pour Marthe. En la suivant de tableau en tableau, l’auteur nous invite en même temps à entrer dans l’intimité du couple où la lumière nous effleure, où les couleurs nous éblouissent, où Marthe, toujours elle, nous accueille, avec bonheur, et toujours nue.

 

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2 commentaires pour Livres dont je n’ai pas parlé : RDV n° 4

  1. Asphodèle dit :

    Haaa que j’aime relire ces billets, j’aurais presque envie de relire Zelda que je viens d’offrir (moi je ne l’ai plus, prêté et on me l’a jamais rendu 😦 )
    Waouh ! La bannière va super bien, le fond aussi, je reconnais là ta douceur d’eau verte comme tes yeux les jours d’orage !
    Bises♥

    • somaja1 dit :

      Merci à toi pour ce nouveau décor ! Tu as su trouver exactement ce que j’aime ! Mais ça ne m’étonne pas. Ton Zelda, je te jure que je ne l’ai plus ! Juré, craché !

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