Livres dont je n’ai pas parlé : RDV n° 5

Bientôt les fêtes de Noël, vous pensiez sans doute que j’allais vous parler de Père Noël, d’elfes et de gentils enfants qui préparent leur liste de cadeaux…et bien non !

Je continue ce rendez-vous de Hérisson et je vais vous parler d’enfants, d’ados, oui, mais de violence, de prison, de non-retour….  et surtout de deux magnifiques petits romans.

garde à vieGarde à vie – Abdel Hafed Benotman7ab89-coeur54

Hugues, 15 ans,  est arrêté par la police alors qu’il faisait un rodéo avec une voiture volée. Ce n’est pas lui qui conduisait mais il refuse de dénoncer son copain. Il se retrouve en garde à vue, puis en prison, dans une minuscule cellule qu’occupe déjà Jean, un petit tyran à peine plus âgé que lui. Dès son entrée dans la cellule, Hugues subit la violence de Jean , les humiliations, le racket, la cruauté au quotidien, les menaces sur sa mère sans parler de l’attitude des gardiens aveugles et sourds à tout ce qui se passe.

Benotman connaît bien le milieu carcéral, il y a passé 17 ans. Il livre ici un roman très noir qui ne cache rien de l’horreur de l’univers carcéral : le sida ravageur, la drogue  faiseuse d’oubli et de conflits, la violence banalisée, la solitude, le désespoir et même le suicide.

Grâce à une écriture sans fioritures, l’auteur dénonce la machine à détruire qu’est la prison, il met une claque au fantasme véhiculé par certains jeunes sur la prison qui ferait d’eux « quelqu’un ».

Le cauchemar que vit Hugues est porté par une langue simple, puissante, rageuse et souvent très poétique, rythmée de slams.

Entre récit réaliste, cru, et divagations, ce roman se lit d’une traite, en apnée, espérant une lueur d’espoir pour Hugues.

« La prison ? La première fois ? C’est la leçon. La deuxième fois ? La punition. La toisième fois ? C’est ta maison ! »

Abdel Hafed Benotman est né à Paris en 1960. Très jeune, un parcours de révolte l’amènera à connaître, dès l’âge de seize ans, l’univers des prisons où il purgera en tout 17 années en trois incarcérations.
Militant et activiste, il co-fonde le journal de luttes anti-carcéral L’Envolée et anime une émission radio du même nom sur «Fréquence Paris Pluriel». Frappé par la dite double peine, il vit sans papiers jusqu’à aujourd’hui. Il continue de lutter contre tous les enfermements. Il joue au théâtre et au cinéma pour lesquels il écrit également.

 

je ne mourrai pas gibierJe mourrai pas gibier – Guillaume Guéraud7ab89-coeur54

Le jour du mariage de son frère, Martial prend une carabine, il tire dans le tas et fait cinq morts et trois blessés.

Martial n’est pourtant pas un de ces jeunes violent ou « à problème ». Dans la voiture de police qui l’éloigne du lieu du crime, un long flash-back lui donne la parole– il se souvient, et permet ainsi au lecteur de reconstituer l’enchaînement d’événements qui l’ont amené à ce geste tragique.

Dans son village, il y a deux clans qui s’opposent, sans vraiment savoir pourquoi, les vignerons et ceux qui travaillent le bois. C’est comme ça depuis aussi longtemps que tous se souviennent. Ils ont pourtant des points communs : la bêtise, la boisson et la chasse. Le destin de Martial serait de travailler aussi à la scierie, et de participer aux parties de chasse avinées. Mais il déteste cette ambiance malsaine, et pour y échapper il préfère partir à l’internat étudier la mécanique. Il ne veut rien avoir affaire avec eux tous. Le seul qu’il aime bien c’est Terence. Lui n’est pas comme les autres, la tronche en biais, il ne chasse pas, il est un peu l’idiot du village c’est pourquoi le frère de Martial et ses abrutis de copains se défoulent souvent sur lui. Le problème c’est que Martial ne supporte pas l’injustice.

Encore une fois c’est noir. L’écriture est sèche, rugueuse, efficace. Guéraud ne condamne pas, n’excuse pas non plus. Avec la plus grande des pudeurs il remonte le fil de l’histoire et essaie simplement de comprendre ce qui peut amener un jeune apparemment sain d’esprit et sans problème à devenir un meurtrier.

Un court roman qui pose bien des questions sur la société dans laquelle nous vivons, et sur la désespérance qu’elle peut générer. Un court roman qui laisse sans voix. Une vraie claque.

je ne mourrai pas gibier bdIl existe aussi une adaptation en BD par Alfred.

 

Et deux en plus pour le challenge Jeunesse /Young adult

Chez Hérisson, en ce 1er décembre, des romans jeunesse qui parlent de sida : Lettres à qui vous savez de Hervé Debry et La Vie à reculons de Gudule

Prochain rendez-vous le 15 décembre. Et vous ?

 

Publicités
Cet article, publié dans Livres dont je n'ai pas parlé, Romans dits jeunesse, est tagué . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s