Un Jour

Je continue ma découverte des éditions des Grandes personnes.

Un jourUn Jour – Morris Glietzman

UN JOUR, je me suis évadé d’un orphelinat pour retrouver papa et maman. UN JOUR, j’ai sauvé une petite fille qui s’appelait Zelda d’une maison en feu. UN JOUR, je vivais dans une cave avec sept autres enfants, alors que je n’aurais pas dû. UN JOUR, j’ai fait rire un nazi avec une rage de dents. UN JOUR, j’ai fait mon premier voyage en train, mais je ne dirais pas que c’était formidable. Mon nom est Félix. Ceci est mon histoire.

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Félix, 10 ans, vit depuis deux ans dans un orphelinat catholique. Ses parents, libraires juifs polonais ont voulu le protéger et Félix reste persuadé qu’ils vont venir le chercher. Il sait que les nazis sont des méchants, mais il n’a aucune conscience du drame qui se joue à l’extérieur. Il vit dans son monde imaginaire, n’a pas son pareil pour raconter des histoires qu’il note d’ailleurs dans son cahier jaune.

Un jour,  il voit les nazis brûler des livres à l’orphelinat, la panique le prend, il doit prévenir ses parents et sauver la librairie. Les nazis en veulent aux livres juifs, c’est sûr !

Un jour, il reçoit un signe de ses parents : une carotte dans son bol de soupe.  Il décide donc de partir à leur recheche.

Un jour, je vivais dans un orphelinat dans la montagne alors que je n’aurais pas dû, et j’ai failli provoquer une émeute.

Tout cela à cause d’une carotte.

Vous voyez de quoi je veux parler, quand une bonne soeur trempe sa louche dans une gande marmite en fer pour vous servir de la soupe très chaude, et qu’elle vous oblige à vous approcher tout près pour ne pas en mettre partout, et que la vapeur qui monte de la marmite vous met de la buée plein les lunettes, et qu’on ne peut pas les essuyer parce qu’on tend son bol et que la buée ne s’en va pas même si on prie Dieu, Jésus, la Vierge Marie, le pape et Adolf Hitler ?

C’est exactement ce qui m’arrive. Je réussis tout de même à trouver mon chemin jusqu’à ma table. En me dirigeant à l’oreille.

Dodie, qui mange toujours à côté de moi, fait des gros « slurp » à cause de ses dents de travers. Je tiens donc mon bol au-dessus de ma tête pour empêcher les autres de me piquer ma soupe tant que je suis dans le brouillard, et je me repère aux bruits de Dodie.

Je finis par me cogner contre le bord de la table, pose mon bol et essuie mes lunettes.

C’est là que je vois la carotte.

Après bien des réflexions sur l’organisation de son départ, il finit par choisir le moyen le plus simple.

Un jour, je me suis évadé d’un orphelinat dans la montagne, sans avoir besoin de faire tout ce qu’on fait dans les histoires d’évasion. Creuser un tunnel. Me déguiser en curé. Fabriquer une corde en nouant des robes de bonnes sœurs bout à bout. Je suis sorti par la grande porte, tout simplement.

Commence alors pour lui un long chemin à travers la Pologne, un voyage qui lui fera découvrir les horreurs de la guerre, et il comprendra que les nazis n’en veulent pas seulement aux livres juifs. Son chemin croisera celui de Zelda, une petite fille de 6 ans, très délurée, qu’il prendra en charge, comme un grand. Leur naïveté et leur amour des histoires et des livres leur permettront de se sauver de bien des situations. L’imagination de Félix lui permet de ne pas recevoir l’horreur immédiatement et de transformer la réalité pour la rendre supportable pour lui et pour ceux qui l’accompagnent.

L’auteur n’épargne rien de l’Histoire de la Pologne en 1942, ni à Félix, ni au lecteur : les camps, les massacres, la déportation, l’antisémitisme ordinaire, le ghetto, mais il n’oublie pas les belles rencontres humaines. Il aborde tout cela avec intelligence, à travers les yeux des deux enfants, tout d’abord innocents, puis conscients.

L’histoire est portée par un Félix dont l’enfance meurt à chaque pas qu’il fait, mais qui ne se départit jamais de son humour et de son optimisme, très touchant, et qui permet également de mettre les événements à distance.

Félix a toujours le souci d’autrui, il berce les autres de ses histoires et de ses rêves, et leur permet ainsi un moment de répit. Il le fait surtout pour la petite Zelda, qui avec son caractère bien trempé ne supporte pas l’injustice et le dit haut et fort. Elle lui voue une admiration et un amour immense, même si elle lui répète sans cesse « t’es bête où quoi ? »

Un roman réussi, poignant, qui touche avec intelligence, qui nous fait continuellement passer du rire aux larmes, comme pour nous aider nous aussi à supporter. Un roman qui porte haut les valeurs d’entre-aide et dont le message d’espoir sur l’humanité traverse tout le récit malgré la noirceur des événements. 

L’avis de Cécile ici.

Premier roman lu dans le cadre du challenge LittératureJeunesse/Young adult

 

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