La Dame en blanc

De retour en coup de vent, le temps de faire une lessive, de refaire une valise (ben oui, il faut rajouter des pulls, l’hiver est précoce cette année !) et de vous faire ce petit billet sur La Dame en blanc, magnifique roman de W. Collins lu en français, alors qu’il me semble que Céline (le blog bleu) s’est lancée en anglais pour cette lecture commune.

la dame en blancLa Dame en blanc– William Wilkie Collins

Voici ce qu’annonçait la quatrième de couverture des éditions Phebus (collection Libretto):

« Publié ici en version intégrale, La Dame en blanc fascinait Borges et rendit Dickens ivre de  jalousie. Suspense, pièges retors, terreurs intimes et scènes inconvenantes, rien ne manque à ce chef-d’œuvre populaire où des gens irréprochables se livrent, une fois les portes closes, aux  pires abjections. Vertus publiques, vices privés ! Rien de tel que la précision toute hitchcockienne des narrateurs pour que le lecteur ne puisse plus dormir… »

Comment résister à une telle accroche ! Alors, me direz-vous ?

Et bien, tout est vrai si on se met dans la peau d’un lecteur du 19ème siècle. Parce que pour ce qui est des  « scènes inconvenantes » et des « pires abjections » derrière les portes closes, on a vu pire depuis Collins.

Mais si on décide de faire abstraction de cela, comme quand on soupire d’aise en regardant une belle  adaptation BBC d’un roman de Jane Austen, je vous assure que la lecture de ces 666 pages passe très rapidement.

Ce roman (à l’origine publié sous forme de feuilleton), raconte l’histoire d’une machination à l’encontre d’une jeune et fragile jeune fille, mais un jeune homme que rien ne destinait à cela, se fera enquêteur pour sauver celle qui fait battre son cœur.

C’est cette enquête – Collins est considéré comme le précurseur des romans d’enquête – que nous allons suivre, découvrant des personnages complexes et une structure narrative qui tient effectivement en haleine.

Nous sommes donc dans l’Angleterre victorienne, époque où la fortune, la position sociale et les relations régissent la société. Les femmes n’y ont aucun droit et passent de la coupe de leur père à celle de leur mari.

Walter Hartright est un jeune professeur de dessin sans fortune à qui il est proposé de travailler chez M. Fairlie, à Limmeridge House, pour enseigner à ses deux nièces. A la veille de son départ il rencontre une étrange jeune femme tout de blanc vêtue qui lui demande son aide pour fuir un lieu et des personnes qui la terrorisent. Après l’avoir aidée, il comprend qu’elle s’est échappée d’un asile.

Arrivé à Limmeridge House, il fait connaissance de ses élèves, Marian Halcombe – très brune, une silhouette de rêve mais fort laide de visage – et sa demi-soeur Laura, blonde, douce, fragile, bref, la perfection faite femme. Walter est immédiatement sous le charme de Laura, mais également troublé par sa ressemblance avec la jeune femme en blanc rencontrée la veille.

Les journées à Limmeridge House s’organisent autour des leçons et des discussions entre Walter et les deux jeunes filles ; il n’aura guère l’occasion de rencontrer M. Fairlie, grand hypocondriaque qui passe son temps dans sa chambre à se plaindre de ses nerfs.

Au fil des jours, le jeune professeur découvre en Marian une jeune fille forte et totalement dévouée à sa jeune sœur qu’elle a protégée depuis le décès de leur mère. Elle deviendra vite une amie fidèle faisant preuve d’une grande force de caractère. Quant aux sentiments qu’il éprouve pour Laura, il finira par se rendre compte qu’ils sont partagés. Mais si leur différence de classe sociale ne lui permet pas d’envisager un avenir commun, il y a un autre obstacle plus important encore : Laura est fiancée à un baron, Sir Percival.

Petit à petit Walter comprend que Sir Percival n’est pas celui qu’il prétend être et qu’il existe un lien entre lui, Limmeridge House, et la femme en blanc.

C’est là que l’enquête même commence. Walter et Marian vont s’unir pour sauver Laura d’une machination dont l’ampleur les dépasse.

Au cours de leur enquête ils devront affronter Sir Percival bien sûr, mais aussi son grand ami le comte Fosco et sa femme.

Comme toujours avec ces romans victoriens, j’ai aimé les descriptions de la campagne anglaise, des mœurs d’une société engluée dans les conventions et l’importance de la correspondance à une époque où la lecture d’une lettre ou la tenue d’un journal pouvait quasiment faire basculer une vie.

La Dame en blanc, c’est cela, mais c’est encore bien plus car l’enquête menée par Walter et    Marian tient véritablement en haleine, les rebondissements sont nombreux (certainement dus à la publication sous forme de feuilleton) et la narration polyphonique donne une dimension supplémentaire à l’histoire.

En effet, le récit n’est pas celui d’un narrateur unique, mais comme il est annoncé dès le début, d’une    succession de « témoignages », comme si nous avions sous les yeux un rapport d’enquête.

Le lecteur est mis en position de juré ou de juge, personne extérieure qui doit se faire une opinion sur des faits à l’écoute des témoins. Ce qui est nouveau dans ce roman, c’est non seulement ce procédé , mais aussi le fait de donner une forme et un ton différent à chaque « témoignage ».

Ainsi, nous avons affaire à des extraits de journal intime, de lettres, de témoignages de personnages principaux aussi bien que secondaires. Chacun a son style, particulier. Selon qu’un événement sera relaté par tel ou tel personnage, le style changera selon sa personnalité ou son statut social. Un même événement sera donc porté à la connaissance du lecteur sous différents points de vue. Et le lecteur pourra se faire sa propre opinion des événements, quitte à être parfois trompé (manipulé ?) par l’ingéniosité de Collins.

L’intrigue tient ses promesses et le récit est d’un bout à l’autre passionnant.

Parmi les personnages principaux, il y a les « classiques » : Laura, la jeune fille fragile, blonde et belle et qui se sacrifie par sens de l’honneur et de la parole donnée, et Walter le jeune homme énamouré qui est prêt à tout pour sauver sa bien-aimée (qu’il ne connait que depuis quelques semaines !).

D’autres sont plus complexes qu’il n’en ont l’air. Sir Percival est un vrai méchant, dont la fin est à la hauteur de la noirceur de son âme. Malgré tout j’ai ressenti un (tout petit) peu de pitié pour lui quand j’ai compris qu’il était lui aussi manipulé.

Mais les personnages les plus fascinants sont le comte Fosco, cet Italien tout en rondeur, et Marian Halcombe, cette jeune fille passionnée et intrépide quand il s’agit de la vie de sa sœur. Ces deux-là sont les deux faces d’une même médaille. Tous deux sont d’une grande intelligence, et mettent    la même énergie à parvenir à leurs fins. Leurs différences se trouvant dans le sens du devoir, et leur conception de l’honnêteté. Fosco tombera sous le charme de Marian en qui il trouvera un adversaire à sa hauteur.

Pour ma part j’ai retrouvé dans ce récit tout ce qui concourt à mon plaisir de lectrice : aventure,    sentiments, description quasi entomologique d’une époque que j’adore, tout cela présenté sous une forme narrative variée et très maîtrisée qui rend le lecteur actif tout en le manipulant avec    habileté.

De plus, à travers le personnage de Laura, Collins émet une opinion assez moderne pour un homme de son temps, et qui n’est pas pour me déplaire, puisqu’il semble dénoncer la situation des femmes de son époque obligées de se soumettre à l’autorité des hommes.

A ce propos, si j’avais une seule réserve à faire sur ce roman – mais peut-être ai-je mal compris –  c’est sur le personnage de Marian. Elle est présentée comme l’égale d’un homme en intelligence et en courage, elle fait preuve d’autorité et d’une grande indépendance. D’ailleurs M. Fairlie semble la craindre et se repose entièrement sur elle pour toute décision. Et malgré tout cela, elle fera le choix du sacrifice (comme on entre en religion) pour être au service de sa sœur. Cela ne m’a pas semblé très cohérent. Mais peut-être que le XXIème siècle m’a rattrapée à certains moments.

Oui, c’est certainement cela parce que j’ai eu à plusieurs reprises envie de secouer cette nunuche de Laura et de lui dire d’arrêter ses enfantillages et que si elle était malheureuse, c’était bien de sa faute après tout !

Publicités
Cet article, publié dans Romans, est tagué , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s