Les Lieux infidèles

les lieux infidèlesLes Lieux infidèles – Tana French 

1983. Dublin. Franck Mackey a 19 ans et il est amoureux. Avec Rosie ils décident de s’enfuir  pour Londres où la vie sera sûrement meilleure. Ils ont tout prévu en cachette, leurs pères ne pouvant se supporter, ne les autorisent pas à se fréquenter. La nuit de leur départ, Franck attend  dans une maison abandonnée où ils avaient rendez-vous, mais Rosie ne viendra jamais. Déçu, Franck, part quand même, seul, il quitte ce quartier pourri et cette famille de dingues qu’il ne supporte plus. Il n’ira toutefois pas jusqu’en Angleterre.

Vingt-deux ans plus tard, Franck, toujours à Dublin, il est devenu flic chez les infiltrés.    Divorcé, père d’une fillette de 9 ans, il n’a gardé de lien avec son ancienne vie qu’à travers sa plus jeune sœur. Cette dernière l’appelle un jour, affolée. Lors de travaux dans une ancienne maison abandonnée, on a retrouvé la valise de Rosie.

C’est alors qu’il doit replonger dans son passé, revoir sa famille, et que les anciennes blessures se rouvrent, car il n’a jamais pu oublier Rosie, son premier amour.

Le récit à la première personne nous met directement en empathie avec Franck, qui se réfugie derrière son rôle de flic pour ne pas se laisser envahir par la haine ou l’amour (?) pour ce quartier, sa famille et son ancienne vie.

On retrouve avec lui le quartier pauvre de son enfance, si proche pourtant de l’université et des quartiers  plus favorisées – c’est si petit Dublin ! Un quartier où on vit les uns sur les autres, où les femmes passent leur temps à épier les voisins, où le seul avenir possible est un emploi à la brasserie Guiness, cette Guiness que les pères passent leur temps à boire … Les cris, les bagarres, le chômage, l’alcoolisme, les violences conjugales ou le tabassage des enfants quasi quotidiens, les filles qui rêvent de se marier et d’avoir un chez soi et finissent par tomber enceinte et se retrouvent seules à élever des gamins qui reproduiront le même schéma. Une religion et des traditions plus fortes que tout.

C’est ça que Franck a fui et qu’il doit à nouveau côtoyer parce que la découverte de la valise de Rosie l’y ramène. Cette enquête, on ne lui donne pas, il est trop impliqué. Mais un peu border-line, il la suit en parallèle et s’approche tout doucement de la vérité difficile à encaisser, car elle le touche de près.

Cette enquête on la suit aussi, sans décrocher un instant. Mais le plus intéressant dans ce    thriller psychologique, c’est la personnalité de Franck, son cheminement dans cette histoire, la façon dont il renoue quelques liens avec ses frères et sœurs et ses relations si difficiles avec sa mère, son rapport avec son passé et les lieux de son enfance.

Le va-et-vient entre l’enquête criminelle et le passé de Franck et de sa famille permet petit à petit d’amener à la compréhension de la disparition de Rosie.

J’ai assez rapidement eu l’intuition de l’identité du coupable, mais ce n’est pas là le plus important, et cela n’a en rien gâché ma lecture et le plaisir que j’ai eu à lire ce roman.

Tana French pose la question de la famille et de ce lien qui , quoi qu’on fasse, ne se rompt pas, mais aussi  de la difficulté de construire sa propre vie quand on a voulu tirer un trait sur ses origines, sa famille, son éducation.

Elle dresse là un portrait terrible – sans jamais sombrer dans la misérabilisme – mais attachant de l’Irlande et des Irlandais. Elle a le sens du dialogue et sait avec justesse camper un personnage, lui donner corps, et les moments de réunion familiale, même s’ils sont souvent durs, sont très touchants.

J’ai donc vraiment aimé ce roman bien construit, très humain, et qui nous laisse le temps de rencontrer les personnages, de les écouter, et d’écouter le malaise de ce pays et de ses    habitants.

J’aurai malgré tout une petite critique, qui n’a rien à voir avec la qualité de l’histoire ou de l’écriture d’origine.

Encore une fois, des erreurs de traduction, et plus souvent des coquilles (mots en double, mots qui manquent, confusion dans les prénoms des personnages…) m’ont parfois arrêtée dans le plaisir de la lecture.

Mesdames et messieurs les éditeurs, de grâce, embauchez de vrais lecteurs-correcteurs !!!

Grand merci à Sharon qui a fait  voyager ce roman et m’a fait découvrir une auteure que je vais sans nul doute suivre.

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