Hommage aux exilés

 

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Là où vont nos pères (titre original : The Arrival) – Shaun Tan

Dans un premier chapitre, cette BD muette, donne, comme de petits instantanés de vie, quelques objets du quotidien, des objets sans valeur, sauf peut-être une photo. Cette photo, emballée dans du papier, est délicatement mise dans une vieille valise. Des mains se rejoignent sur cette valise : celles d’un homme et d’une femme. L’homme part, il laisse sa femme et sa fille pour aller dans un autre pays, un ailleurs meilleur de l’autre côté de l’océan. Il fuit un danger symbolisé par un tentacule monstrueux qui plane sur leur ville.mains

      objets 

 Un autre instantané, toujours des mains, trois cette fois-ci, celles de l’homme, de sa femme et de leur fille, puis les mains se séparent, c’est l’adieu.

De l’émotion pure, en juste quelques vignettes, sans un mot.    

Après un long voyage, symbolisé à la fois par une double page représentant un bateau sous un ciel habité d’un énorme nuage menaçant, puis d’une autre double page faite de nombreuses vignettes de différents nuages, il arrive comme tant d’autres miséreux dans une ville qui pourrait être New-York. Les files d’attente organisées, les visites médicales, les interrogatoires dans une langue qui n’est pas comprise, tout cela n’est pas sans rappeler Ellis Island.   

arrivée

  Dans la suite de l’album, l’homme s’installe, il apprend à se repérer dans cette ville, à communiquer,il s’habitue à l’étrangeté des animaux et des aliments, il pense souvent à sa femme et sa fille devant la photo, objet précieux qui le relie à son autre vie. Il rencontre de nombreuses personnes comme lui, déracinées, qui lui racontent leur vie d’avant, leur exil. Le temps passe et sa famille finit par le rejoindre. Plus tard, sa fille deviendra celle qui aidera les nouveaux venus à se repérer dans cette ville.

 Ce récit tout simple, c’est l’histoire aussi de la famille de Shaun Tan et un hommage à tous les migrants, tous ceux qui fuyant la guerre, la misère, la persécution, sont devenus des réfugiés.

Certes on pourrait reprocher une vision trop idéale de l’exil, mais c’est un message d’optimisme que l’auteur semble vouloir faire passer.

 L’absence de mots donne une force supplémentaire aux images et au récit qu’elles véhiculent. Étrangement, cette BD muette donne la parole à tous les exilés, elle leur donne l’opportunité d’exprimer leur voyage et leur expérience.

 Graphiquement cet album est simplement magnifique. Les tons sépias font de l’histoire une histoire intemporelle et universelle. Les cases ne sont pas bordées d’un trait comme habituellement dans la BD, et cela donne une sorte de fluidité, de liberté à la lecture.

 Les dessins de Shaun Tan peuvent faire penser que la ville d’accueil est New-York – je l’ai dit on croit reconnaître des gratte-ciels, Ellis Island – mais en même temps il semble vouloir faire ressentir au lecteur les mêmes expériences déroutantes qu’à son héros : l’écriture, les animaux (des souris ou chiens improbables, des oiseaux de papiers), certains fruits ou légumes, l’architecture parfois, ne ressemblent à rien de ce que nous connaissons. ville

 Pourtant, les références ( ou plutôt les inspirations) sont nombreuses. Au détour d’une page, ne comportant qu’une seule image et représentant le travail à la chaîne dans une usine où la machinerie est surdimentionnée, j’ai pensé à  des scènes de Metropolis de Fritz Lang. L’univers de Kafka ou celui des surréalistes n’est pas loin non plus.

   Un objet magnifique et émouvant.

   portraits

 Prix du festival BD d’Angoulême 2008

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