Les Enfants de Noé

Alors que je lisais Winter de Rick Bass, j’ai parfois pensé à un roman jeunesse que j’ai lu il y a peu. On y retrouve des thèmes identiques : la volonté de retour à la nature, les préoccupations écologiques, la confrontation à la nature parfois hostile, la vie en situation d’isolement, sauf que là il s’agit d’un roman.

les enfants de noéLes Enfants de Noé – Jean Joubert [Ecole des Loisirs – Médium – 1887]

C’est à travers les yeux de Simon que nous suivons l’aventure de sa famille. Cette famille qui après avoir hérité d’un chalet dans les Alpes, décide de s’y installer définitivement pour fuir le stress, la pollution et le rythme de vie infernal de Paris. Ils quittent donc le confort matériel et commencent une vie que les parents du moins, pensent être meilleure car plus proche de la nature.

Simon et sa petite sœur semblent s’adapter sans problème à ce changement de vie.

Un soir, il se met à neiger, mais quoi de plus naturel en montagne en février? Pourtant le père s’inquiète de ce ciel qui n’a pas l’aspect habituel.

La neige tombe sans discontinuer, dans une tempête violente, les flocons sont énormes, hors norme, et leur consistance n’est pas habituelle.

La neige ne cesse de tomber, jusqu’à couper les routes, jusqu’à isoler totalement le chalet. L’inquiétude monte quand elle atteint la hauteur des fenêtres, puis quand elle dépasse la hauteur du toit pour atteindre les sept mètres. Les habitants du chalet se retrouvent isolés, ne savent pas ce qu’il est advenu de leurs voisins, ni ce qui a pu provoquer ce phénomène si étrange.

«  Oui c’était un autre monde, nivelé, simplifié, et sous cette vaste étendue blanche que la tempête avait modelée comme une houle, j’avais de la peine à situer le jardin, le pré, la route ou, plus loin, les crêtes et les vallées qui m’étaient familières. Au-dessus pesait un ciel bas, uniformément gris, mais comme phosphorescent. Le soleil restait invisible. Il n’y avait, dans l’air immobile, aucun signe de vie.

Consternés, nous regardions cette masse de nuages, semblable à une meule prête à nous broyer, et je pensais que si elle présageait une autre tempête, nous risquions cette fois d’être tout à fait ensevelis.

Je comprenais aussi que c’est dans le dénuement que l’on sent tout le prix des choses les plus simples et combien leur absence nous appauvrit. »

On se retrouve comme eux, enfermé dans cette maison, dans l’attente d’éventuels secours, aux aguets de bruit de chasse-neige, de véhicules quels qu’ils soient, d’une voix, du bruit de l’avion qui survole quotidiennement la propriété. Mais rien.

Ils doivent se rendre à l’évidence, aucun secours ne peut venir de l’extérieur, et ils ne peuvent sortir, les portes et les fenêtres étant bloquées. Ils réussissent toutefois à percer une petite lucarne sur le toit – seul moyen de faire entrer un peu d’air à l’intérieur.

Commence alors l’organisation de leur survie en attendant les secours. Ils font le point sur les réserves de nourriture, et de  carburant pour se chauffer et s’éclairer.

La neige les enveloppe dans un silence ouaté, et c’est le quotidien dans ce huis-clos qui nous est donné à suivre ainsi que les questions sur cet étrange phénomène, les moments d’espoir, puis de désespoir, la peur de la maladie, de l’affaiblissement, la lutte contre la faim, contre l’ennui. C’est grâce aux livres que le père va empêcher la famille de sombrer dans la dépression. Chaque jour, il leur fait la lecture et ainsi il rompt le silence extérieur, oppressant .« Les mots devenaient notre seule ouverture : ils étaient comme des fenêtres et des trouées dans la muraille de neige. »

Ce n’est que vers la fin que nous comprenons les raisons de cette catastrophe (même si on s’en doutait beaucoup depuis le début) mais l’objet de ce roman n’est pas là me semble-t-il, d’ailleurs la quatrième de couverture n’hésite pas à dévoiler le « secret ».

L’auteur fait là un récit qui magnifie le retour à la nature et dénonce les atteintes qui lui sont faites.

L’écriture est belle, intelligente, parcourue de références bibliques (rien que dans le titre). Le récit , à hauteur d’un jeune garçon, à la première personne, un peu comme dans un journal, donne une grande proximité au lecteur et lui fait éprouver en même temps que les habitants du chalet les inquiétudes, la peur, mais aussi les moments de tendresse au sein de cette famille.

C’est plein de bons sentiments, peut-être un peu trop, mais ça reste une lecture très    agréable.

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