Winter

Le printemps approche mais j’ai remis mes moonboots, mes moufles et mon gros bonnet pour affronter l’hiver vu par Rick    Bass.

Retrouvez les billets de Syl. , Vilvirt, Hélène, Emeralda qui ont aussi parcouru la Vallée du Yaak lors de cette lecture commune.
winterWinter – Rick Bass

Quatrième de    couverture

“Winter est le récit de l’installation de Rick Bass et de sa femme dans un coin reculé du Montana en plein hiver. Pas d’électricité, pas de téléphone, juste un saloon à une demi-heure de route. Mais une vallée comme au début du monde, une nature splendide et cruelle. Par moins trente-neuf degrés, le rêve se fait parfois souffrance. Dans une prose lumineuse, le défenseur de l’environnement Rick Bass redécouvre, au terme d’un progressif dépouillement,  l’essentiel.”

Il s’agit d’un journal qui relate l’expérience que Rick Bass a vécu avec sa compagne du 13 septembre 1987 au 14 mars 1988.

Après avoir cherché désespérément un endroit assez isolé et compatible avec leurs finances (très    faibles), ces deux natifs d’états du sud (lui écrivain, elle peintre) et habitués à la chaleur, vont trouver leur paradis dans le Montana et partir à l’assaut de l’hiver – un défi, une expérience proche de la quête de soi.

Ils sont tombés sous le charme de la vallée du Yaak, tout près de la frontière canadienne, lieu idéal    selon eux pour mettre de la distance avec leur vie d’avant. Même si s’installer si loin de la civilisation telle qu’ils l’ont connue peut paraître un acte insensé, ils ne vont tout de même pas    être coupés totalement du monde. Dans la vallée du Yaak, en plus d’une vingtaine habitants – tous venus d’ailleurs pour les mêmes raisons que Rick et Elisabeth à savoir s’éloigner de la vie stressante de la ville et retrouver une vie plus proche de l’essentiel et de la nature – on compte un saloon, un magasin général et deux téléphones publics.

Ils deviennent, comme d’autres dans la vallée, gardiens d’une propriété qui doit être entretenue pendant l’hiver. C’est ainsi qu’ils s’installent dans un chalet dépourvu de tout confort : ni chauffage, ni électricité, ni téléphone. L’électricité, ou le chauffage au gaz, semblent d’ailleurs être  considérés par les habitants du coin comme une faiblesse, à croire que si tu n’es pas venu là pour rejouer « La petite maison dans la prairie » , tu n’as pas ta place dans ce monde merveilleux. D’ailleurs, il n’y a pas que le confort matériel qu’ils veulent ignorer, il semble qu’ils ont également retrouvé un mode de fonctionnement ancestral (pas tant que ça pour certains) qui sépare très clairement hommes et femmes. Les femmes sont à la maison, occupées aux tâches ménagères (Elisabeth passe son temps à faire du pain tandis que Rick coupe du bois), elles se retrouvent entre elles pour des jeux de société alors que les hommes vont au saloon boire des bières et regarder des matchs à la télé. Les bons vieux fondamentaux n’ont pas l’air de rebuter  ces deux citadins lettrés et cultivés… intéressant !

Bref, ils sont heureux dans ce merveilleux coin du Montana : la nature, sauvage, semble ne pas connaître les attaques de l’homme, et la faune y est chez elle. Wapitis, caribous, orignaux (attention à ne pas confondre), grizzlis, pumas et autres bestioles seront les seuls être vivants que Rick et Elisabeth côtoieront quelques fois pendant des jours.

Le journal que Rick Bass écrit parfois dans des conditions climatiques difficiles montre comment ces deux citadins du sud – enfin, surtout lui car on ne sait pas grand chose de ses aspirations à elle – vont préparer, attendre et vivre ce premier hiver.

La préparation est essentielle si on veut survivre à l’hiver et toute son énergie se    concentre sur la coupe de bois, le nombre de stères nécessaire jusqu’au printemps. Il passe ses journées dans la forêt avec ce qui devient sa meilleure amie : sa tronçonneuse. Il admire la nature et se délecte de cet isolement qui lui permet de retrouver de vraies sensations. A l’occasion, il réalise qu’il n’est pas loin de se perdre : « Je commence à me dissocier de la race humaine. Je ne voudrais pas passer pour un malotru – mais ça me plaît. Ça me plaît même tellement que ça me fait un peu    peur. C’est un peu comme si en baissant les yeux vers ma main, j’y voyais pousser un début de fourrure. »

Sur le ton proche de la confidence, il nous fait part de ses découvertes, de son admiration pour les différentes espèces animales qu’il rencontre, de la beauté des paysages, mais aussi de ses doutes et surtout de son impatience à voir arriver cette neige et ce froid dont il n’a aucune expérience. Cet hiver qui n’est pas seulement une saison mais bien une véritable aventure.

Ce n’est pas sans une certaine inconscience qu’il se plonge dans cette  aventure. Il s’est lancé un défi : survivre à ce premier hiver comme on passe un examen d’entrée du Grand Nord, montrer aussi aux autres qui sont là depuis plus longtemps qu’il peut y arriver, que son choix était le bon. « Quarante degrés au-dessous de zéro. Nous avons un peu peur. Nous sommes à la merci du froid. Nous l’espérons clément (…) » Il l’attend cet hiver, et en même temps il le redoute.

Cette lecture ne m’a pas enthousiasmée au début. Même s’il s’agit d’un journal et non d’un roman, j’ai été gênée par le manque d’unité d’écriture. Certains passages retraçant le quotidien m’ont parus très lourds, très longs – surtout tout ce qui concerne le bon usage de la tronçonneuse. Mais quand on sait l’importance de ce bois pour leur survie et le fait que « il faut savoir que, pour Elisabeth, comme pour moi, tailler un crayon est en soi une grande aventure mécanique    … », on comprend son obsession. Il n’empêche que toutes ces explications mécaniques -même chose pour sa camionnette – m’ont profondément ennuyée.

Par contre, les passages où il parle des paysages, où il décrit les animaux, sont magnifiques. Il aime cet endroit, on le sent, et le fait sien : « Je peux m’imaginer devenu si accro à cette vallée, dépendant d’elle à tel point pour ma paix intérieure, qu’elle en serait l’otage. » Et c’est là qu’on voit que cette aventure qu’il s’impose n’est pas seulement un caprice, mais que son inspiration est bien plus profonde. Il prend conscience des vraies motivations qu’il l’ont conduit là. Quand son père vient lui rendre visite au printemps, il lui dit « Tu as changé », et il lui répond «Non, pas du tout ». Il aurait pu répondre « Je me suis trouvé ».

En fait cet hiver qu’il a vécu dans des conditions extrêmes (même si j’ai appris que malgré ces conditions climatiques que je ne souhaiterais pas vivre, il est tout à fait possible de sortir pour aller dîner « en  ville » ou aller prendre un verre chez les voisins) lui a permis de découvrir qui il était et ce à quoi il aspirait vraiment : « Il m’a fallu longtemps pour changer complètement – trente ans -, mais maintenant que j’ai achevé ma métamorphose, je n’ai aucune envie de reprendre ma forme initiale. »

Plus qu’un journal sur une installation dans une contrée hostile, il s’agit du journal d’une quête de soi et pour y arriver, il a fallu qu’il se dépouille de son ancienne peau.

Une lecture intéressante finalement. Les sensations y sont bien rendues : j’ai eu des courbatures à force de manier la tronçonneuse, j’ai admiré les paysages, côtoyé une faune sauvage et magnifique, et j’ai eu quelques engelures mais pas la grippe (l’air doit y être sain). Toutefois, l’hiver n’étant pas, et de loin, ma saison favorite, je n’ai pas senti d’empathie avec les habitants de cette vallée et surtout cela ne m’a pas donné l’envie d’aller habiter dans un endroit où on tourne les pages de son livre avec les doigts gelés malgré les gants et où on est épié par des orignaux mal élevés qui posent leur gros museau sur les vitres.

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