Daisy Miller

J’ai tendance à préférer les gros romans dans lesquels je peux plonger plusieurs jours, me frotter aux personnages et prendre le temps de les apprivoiser. Les nouvelles sont trop vite lues. Mais il en est de belles. Daisy Miller en est une.

daisy millerDaisy Miller – Henry James

Winterbourne, jeune Américain en visite auprès d’une tante en Suisse, rencontre une jeune compatriote, Daisy Miller. Celle-ci sillonne l’Europe avec sa mère, femme effacée et peu autoritaire avec ses enfants, son jeune frère, capricieux qui n’a de cesse de critiquer l’Europe et ne laisse passer aucune occasion de dire qu’en Amérique tout est mieux, et un    domestique qui semble avoir dans cette famille un rôle bien plus important qu’il ne devrait avoir, aux dire des gens de la bonne société.

 

Daisy Miller charme aussitôt Winterbourne par sa beauté mais également avec ses manières peu conventionnelles, son rire spontanné, sa façon de regarder droit dans les yeux, de ne pas rougir comme devrait le faire toute jeune fille issue de bonne famille et bien éduquée…Elle semble ne rêver que d’être entourée d’hommes, et le comble, c’est qu’elle ne s’en    cache pas.

 

Winterbourne, conquis, l’accompagne sans chaperon (mon Dieu !) au château de Chillon. De ce jour , il idéalise cette jeune fille peu conventionnelle et se prend à espérer la retrouver à Rome où il devra à nouveau visiter sa tante en hiver, et où Daisy séjournera également avec sa famille.

 

A son arrivée à Rome il retrouve une Daisy apparemment vexée de son peu d’empressement auprès d’elle. Elle lui fait part de ses occupations italiennes, entourée de    nombreux Italiens. Il y en a un particulièrement qui l’accompagne partout, avec lequel elle passe de longs moments seule, au grand dam de toutes les dames bien-pensantes qu’ils côtoient.

L’attitude de Daisy lui fera du tord car elle sera publiquement écartée lors d’une fête, punie par ses compatriotes pour ne pas vouloir rentrer dans le rang.  Winterbourne qui, jusque-là, avait toujours pris sa défense, arguant qu’elle n’était qu’une jeune personne « en friche » – il avait même accepté de jouer les seconds rôles auprès de la belle – finit par douter de son innocence, et par s ‘éloigner d’elle (il la traite même de garce, oui, oui, …).

Ce n’est qu’à la fin – tragique – qu’il comprendra qu’il s’était complètement trompé sur elle.

Dans cette longue nouvelle, Henry James aborde ses thèmes de prédilection : l’opposition entre l ‘Amérique et l’Europe et le carcan dans lequel la bonne société européenne se complaît et qu’elle s’impose où qu’elle voyage.

C’est au travers du regard de Winterbourne que nous découvrons Daisy. S’il fait part de son enthousiasme, de son admiration, de ses atermoiements, on ne sait rien  de la psychologie de la jeune fille. Elle vit apparemment sans se poser de questions, elle agit comme bon lui semble, mais on ne sait ce qu’elle pense vraiment. Elle donne son nom au titre de la nouvelle alors qu’on sait si peu de chose sur elle.

Comme Winterbourne, on peut être amusé par son attitude désinvolte. Mais est-elle si désinvolte que cela ? N’est-elle pas seulement capricieuse ? Tout au long du    récit, à la même enseigne que Winterbourne on peut se demander si elle joue à la jeune femme émancipée ou si elle l’est vraiment, et jusqu’où. Peut-être est-elle simplement trop spontanée,    manquant de l’éducation nécessaire pour survivre dans cette société étouffante. Peut-être aussi n’est-elle pas si insensible que cela à sa mise à l’écart. C’est au lecteur de se faire sa propre opinion…sans préjugés.

Quant à Winterbourne, qu’est-ce qui, dans l’attitude de Daisy, a pu attirer ce jeune homme, certes Américain, mais élevé avec les traditions et les préjugés de sa classe ? Ne serait-ce pas qu ‘elle lui a donné l’illusion de sa propre liberté ?

Un beau portrait touchant d’une jeune femme sacrifiée par une société mortifère, engluée dans ses principes et ses codes. Et on se dit qu’on n’est finalement pas si mal à notre époque et dans ce pays quand on est femme.

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